Menacée d’expulsion, Elita, une Nigériane lesbienne de 26 ans, était incarcérée au centre de rétention administrative d’Hendaye dans les Pyrénées-Atlantiques depuis fin juillet. La jeune femme vient d’obtenir une libération et une carte de résidence pour 6 mois. Elle est désormais assignée à résidence. Mais cette issue positive est le résultat de plusieurs semaines d’incertitude, puisque la demande d’asile de la jeune femme avait été rejetée, et ce malgré les risques qu’elle encourt dans son pays d’origine en raison de son homosexualité. Mardi 18 août, le tribunal de grande instance de Bayonne avait ordonné le maintien en rétention de la jeune femme par manque de preuves. Alors qu’Elita devait être expulsée ce matin à 6h, le préfet a décidé «de ne pas exécuter la mesure d’éloignement et de lever le placement en rétention».

FUIR LE NIGERIA POUR SAUVER SA VIE
Elita a quitté le Nigeria au printemps dernier. Sa vie y était menacée en raison de son homosexualité, un délit passible de 14 ans de prison. Le 30 avril dernier, elle est avec sa petite amie chez elle. Repérées par un voisin qui les surveille, les deux femmes sont violemment agressées par plusieurs personnes du village. Elita réussit à s’échapper. Sa petite amie est brûlée vive au gasoil, tandis que deux de ses amies sont arrêtées et emprisonnées. La jeune femme décide alors de fuir le Nigeria, et se réfugie en Guinée équatoriale à Malabo, seul moyen pour elle d’obtenir un visa américain. Elle embarque pour les États-Unis, mais arrivée à New York, elle se voit refuser l’entrée du territoire, ne pouvant pas fournir de garanties de logement et de revenus. Elle arrive à Paris le 3 juillet, et reste 19 jours dans la zone internationale à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. «Durant cette période, Elita a refusé d’embarquer pour retourner au Nigeria à huit reprises, indique à Yagg Francisco Sanchez Rodriguez, juriste de la Cimade, l’association de défense des droits des migrant.e.s, des réfugié.e.s et des demandeurs/euses d’asile. Ce qui constitue huit infractions pénales.» Elita tente alors de se rendre en Espagne pour obtenir le droit d’asile et est interpellée à Hendaye le 24 juillet. Elle est alors placée au centre de rétention administrative et reçoit la notification de quitter le territoire. Pour empêcher l’expulsion d’Elita, Francisco Sanchez Rodriguez s’est tourné vers la Cour européenne des droits des l’homme (CEDH), afin de bloquer la procédure. «Il s’agit d’une mesure conservatoire, donc très rapide. Il n’y a pas de jugement au sens strict», explique-t-il. En outre, les députées PS Colette Capdevielle et Sylviane Alaux ont saisi le ministre de l’Intérieur au sujet de la jeune femme.

POURQUOI LA DEMANDE D’ASILE A ÉTÉ REFUSÉE
Comment se fait-il que malgré ce qu’a vécu Elita, la France ait d’abord refusé de lui accorder le statut de réfugiée? «Il ne faut pas oublier que l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides, ndlr) est sous tutelle du ministère de l’Intérieur, et qu’il répond donc à la politique du chiffre, jusqu’à en oublier les fondamentaux», estime Francisco Sanchez, qui dénonçait déjà dernièrement cette situation. De plus, l’homosexualité d’Elita n’a pas été notifiée dans sa demande. Finalement, le fait qu’Elita a refusé plusieurs fois d’embarquer est davantage pris en considération que les dangers auquel elle serait confrontée dans son pays natal en raison de son orientation sexuelle. «Ils vont me tuer si je rentre, déclarait-elle en début de semaine à France Bleu. La police va m’arrêter, ils vont m’envoyer en prison pour 14 ans et ils vont me condamner aux travaux forcés et aux châtiments corporels. (…) Je veux que le gouvernement français me protège, c’est ça mon vœu, parce que si je rentre, je ne survivrai pas.» Une expertise psychiatrique de la jeune femme par l’Agence régionale de santé Aquitaine a montré qu’il est contraire à son état de santé de procéder à une expulsion.

Elita pourra donc rester six mois sur le territoire français et sera assignée à résidence chez des ami.e.s. La mobilisation de plusieurs associations locales de défense des droits humains, notamment Les Bascos, contre son expulsion aura finalement porté ses fruits.