Pourquoi y a-t-il encore si peu d’histoires de femmes lesbiennes ou bisexuelles portées sur grand écran? Alors que vient de sortir l’excellent film de Catherine Corsini La Belle Saison, la journaliste Marie Kirschen, rédactrice en chef de la revue Well Well Well, a tenté de répondre à cette épineuse question dans un article publié sur Slate, avec les analyses du fondateur de la Queer Palm Franck Finance-Madureira, de la spécialiste du cinéma américain et des questions de genre et de sexualités Anne Crémieux, ainsi que de la rédactrice en chef de Yagg Judith Silberfeld.

Jugés moins intéressants ou trop communautaires par les boîtes de distribution et de production, les projets qui mettent en scène des personnages homos sont rares. Mais concernant les lesbiennes, le problème est plus profond, l’industrie du cinéma est largement dominée par les hommes, gays ou hétéros: «Il n’existe pas de chiffres sur la production française mais, aux États-Unis, Glaad a comptabilisé que, en 2014, parmi les films des grands studios mettant en scène des personnages LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans), 65% d’entre eux montraient un gay, 30% une femme ou un homme bi, et 10% une lesbienne.»

«Plus encore que la timidité sur les questions LGBT, c’est donc le sexisme du cinéma qui est en cause. Femmes et homos, les lesbiennes se retrouvent à l’intersection de deux discriminations.»

Minorité dans la minorité, les réalisatrices ouvertement lesbiennes sont aussi rares, tandis que le nombre de cinéastes gays en France est autrement plus conséquent: «“Il y a plus de peur chez les lesbiennes, selon l’humoriste Océanerosemarie, qui termine actuellement l’écriture d’Embrasse-moi, une comédie romantique sur un couple de femmes, qu’elle coréalisera tout en jouant le rôle principal. Je connais des réalisatrices qui ne veulent pas traiter d’homosexualité parce qu’elles ont peur de ne plus être vues qu’à travers cette identité, alors qu’elles souhaitent avant tout être perçues comme des artistes.”»

Marie Kirschen évoque enfin la polémique autour du whitewashing présumé du film Stonewall. C’est d’ailleurs la réalisatrice de Qui a tué Vagina Wolf? qui résume brillamment le problème de l’absence des lesbiennes au cinéma, tout autant que l’invisibilisation des personnes LGBT de couleur: «“C’est la règle d’Hollywood: ils pensent qu’il faut que ce soit le plus généraliste possible pour que ça fasse un succès, se désole Anna Margarita Albelo, qui travaille aujourd’hui pour la télévision américaine.

«Donc, si on veut parler de personnes LGBT, il faut obligatoirement que le point d’entrée soit un jeune gay blanc.”»

À lire sur Slate.