Le ténor australien Kanen Breen a un parcours personnel atypique. Ouvertement gay, il vit et élève un enfant avec son amie et collègue Jacqui Dark. C’est elle qui a décidé de raconter ce que venait de vivre son meilleur ami. Invité samedi 15 août à chanter l’hymne national à l’occasion du match de championnat d’Océanie de basketball, opposant les Boomers australiens aux Tall Blacks de Nouvelle-Zélande à la Rod Laver Arena de Melbourne, Kanen Breen a été traité de «pédé» («faggot»). Le débat sur le mariage pour tou.te.s fait rage en Australie (lire Australie: Vers un référendum sur le mariage pour tou.te.s?), où un nouveau sondage donne 69% des Australien.ne.s favorables à l’ouverture aux couples de même sexe, et Kanen Breen portait fièrement une cravate arc-en-ciel. Le match, qui se jouait devant 15000 personnes, était diffusé en direct sur la chaine de télévision Channel 9.

«Il était magnifique, raconte Jacqui Dark sur Facebook, où elle explique qu’elle se produisait sur scène samedi soir mais que ses collègues et elle se précipitaient vers la télévision dès qu’ils le pouvaient pour apercevoir leur ami. Il portait une flamboyante cravate arc-en-ciel pour montrer son soutien au mariage égalitaire, un sujet sur lequel le gouvernement de ce pays se montre particulièrement arriéré. Il a fini de chanter et s’est reculé sous des un tonnerre d’applaudissements. Les applaudissements se sont éteints progressivement et une voix masculine s’est élevée, seule, de la foule, et a hurlé «Pédé!».

«Je suis plus qu’abasourdie par ce qu’il s’est passé. Plus que blessée et plus qu’en colère. [Kanen] ne s’est pas laissé perturber, m’a envoyé un sms pour me raconter l’incident et me dire, “Mon travail ici est terminé”. Je n’ai pas réussi à le prendre avec la même grâce et je me suis demandé pourquoi. J’en suis arrivée à la triste conclusion qu’il parvient à l’accepter parce que cela lui arrive tous les jours. Tous. Les. Jours.»

S’adressant à l’auteur de l’insulte, elle poursuit: «Perturbateur, vous me faites honte. Vous qui n’êtes pas intervenu.e.s pour le faire taire, vous me faites honte aussi. Pour que le mal triomphe, il suffit que les gens bien ne fassent rien. Vous n’avez rien fait. Par votre inaction, vous avez approuvé tacitement le comportement de cet homme. Il n’a rien appris et pense que tout le monde est d’accord avec lui. La prochaine fois, soyez quelqu’un de meilleur. La prochaine fois, dites quelque chose. La prochaine fois, dites à cet homme de s’asseoir et de garder sa pathétique homophobie pour lui. (…)»

«Les gens demandent pourquoi ce pays a besoin du mariage égalitaire et disent qu’il y a des sujets plus importants à gérer. Cela. C’est pour cela qu’il nous faut l’égalité. Parce que des caïds préhistoriques comme celui-ci existent, certains portent des costumes-cravates et sont à la tête de pays. Parce que des gens ont l’impression d’être des citoyens de seconde zone tous les jours. (…) Le dernier sms de mon ami quand je lui ai demandé si le reste de la foule avait entendu l’injure a été: “C’était aussi audible qu’un coup de feu”. Tout est dit.»

Dans un communiqué, la fédération australienne de basketball, Basketball Australia, a affirmé qu’elle ne tolérerait pas les insultes homophobes.

«J’adore ma cravate, et je l’ai portée très délibérément pour chanter l’hymne d’une nation qui prétend est libre et juste (mais qui à l’évidence, pour beaucoup, ne l’est pas) pour une petite manifestation de protestation flamboyante, a pour sa part commenté Kanen Breen. Visiblement une personne sur les 15000 fans de basketball a trouvé que j’étais un peu trop fabuleux… C’est son problème, pas le mien.»

«J’ai appris il y a très longtemps à ne pas accorder de valeur à l’opinion de personnes pour lesquelles je n’ai aucun respect.»

Jacqui Dark a publié la photo ci-dessous sur Twitter:

«Je poste rarement des photos perso, mais voici notre petite famille. Attention à ce que vous dites, les enfants écoutent.»

Via France Musique.