Une fois n’est pas coutume, c’est une vidéo très difficile à regarder que nous avons décidé de diffuser sur Yagg. Une vidéo qui cherche à sensibiliser à la transphobie en en montrant les résultats concrets: les agressions, les blessures, la mort. Au Brésil, les meurtres de personnes trans’ sont courants (lire notamment Brésil: deux policiers impliqués dans la mort d’une jeune femme trans’, Brésil: Une mannequin trans’ brutalisée par la police et Le «transféminicide», un phénomène inquiétant au Brésil [Le Plus]), il y en aurait eu 75 depuis le début de l’année.

Comme le précise la description YouTube de Deadly Price of Transphobia in Brazil, «produire cette vidéo a été dur, mais le monde a vraiment besoin de voir à quel point la vie des femmes trans’ au Brésil est difficile». Explications avec Miss saHHara, réalisatrice de la vidéo et cofondatrice de TransValid, une organisation internationale fondée il y a quelques mois dont l’objet est de sensibiliser aux questions trans’, visibiliser les personnes trans’, lutter contre la transphobie par l’éducation.

Couronnée lors de l’édition 2014 du concours de beauté Super Sireyna organisé aux Philippines, Miss saHHara, originaire du Nigeria, s’est donné pour mission de mettre en lumière les vies des personnes trans’. C’est de cette volonté qu’est né TransValid. Parmi les actions de l’association, la campagne #IAmValid #YouAreValid qui cherche à faire entendre, par des témoignages de personnes trans’ ou d’allié.e.s, que les vies trans’ sont tout aussi respectables que celles des personnes cisgenres.

La vidéo Deadly Price of Transphobia in Brazil est très dure à regarder, parce qu’elle montre ce que sont réellement la transphobie et la violence. Pourquoi avoir décidé d’utiliser cette violence? En tant que documentariste, l’un des points éthiques les plus importants est de dire la vérité. Les photos et les vidéos que l’on voit dans ce film sont la réalité directe et le reflet des expériences des personnes trans’ en Amérique du Sud. On ne voit jamais cette violence dans les médias d’information, parce que les contenus sont largement censurés lors de la publication.

Nous sommes en 2015, une année où les États-Unis ont autorisé le mariage égalitaire, une année où Caitlyn Jenner est célébrée et adulée. Mais la vérité dans d’autres parties du monde ne pourrait pas être plus éloignée de ce que l’on voit dans les médias généralistes. Des femmes trans’ dans le monde entier n’ont pas les privilèges de la richesse, de l’origine ethnique et de la liberté d’expression. Elles sont soumises aux pires horreurs de la part de leurs concitoyen.ne.s au nom de «Dieu».

J’ai décidé de montrer la violence parce que c’est le seul moyen d’attirer l’attention sur le nombre effrayant de morts et de violences contre les personnes trans’ en Amérique du Sud.

Comment expliquez-vous que le Brésil soit vu comme un pays heureux, l’une des meilleures destinations touristiques alors que c’est encore un pays extrêmement dangereux, en particulier pour les personnes trans’ et surtout pour les femmes trans’ de couleur? Les personnes de façon générale font déjà face à une multitude d’obstacles mais être noir.e est encore un obstacle de plus en raison d’une racisme virulent dans la plupart des pays, pas simplement au Brésil. Cela arrive partout, même aux États-Unis. La pauvreté et le manque d’éducation jouent un rôle essentiel dans les choix de vie et l’espérance de vie de la plupart des personnes trans’. L’origine ethnique rend le parcours de vie encore plus difficile. Le rejet des familles et des communautés accroit le risque d’exploitation et de mort.

La beauté pailletée et les plumes luxueuses qu’on voit dans les médias sont une façade séduisante que l’on retrouve dans la plupart des destinations touristiques dans le monde; la réalité des souffrances des citoyen.ne.s est soigneusement cachée derrière les couvertures glacées des magazine et les émissions de télévision. Oui, le Brésil est un pays sympa pour les touristes, comme la Thaïlande, mais est-ce un pays sympa pour les citoyen.ne.s pauvres et défavorisés des favelas? C’est la question que devrait se poser le gouvernement brésilien.

Pourquoi est-il si difficile de changer la façon dont sont traitées les personnes trans’? Au moins dans la police (responsable d’une part importante des violences à l’encontre des femmes trans’) ou les services publics, à défaut de la société tout entière? Malheureusement, de nombreuses personnes ne voient pas les personnes trans’ comme des êtres humains. Elles nous considèrent moins dignes de respect et de compassion. Les religions et cultures locales alimentent énormément la haine à l’encontre de la communauté LGBTIQ+.

Dans les services publics comme la police ou les forces de l’ordre, il n’y a aucun respect pour les membres de la communauté LGBTQI+. Il n’y a pas de lois précises sur leur devoir de protéger et servir les minorités. Ils voient les sexualités et les identités de genre comme un mode de vie déviant copié sur le monde occidental.

L’une de mes principales observations sur ce qui fonde le dédain envers les personnes LGBTQI+ c’est que le gens haïssent ce qu’ils ne connaissent pas. La haine nait de la peur et des malentendus, alimentés par la religion. Les pays où les meurtres de trans’ sont les plus nombreux sont généralement des pays religieux.

C’est pourquoi j’ai lancé TransValid. Nous espérons créer des campagnes de sensibilisation pour la communauté trans’ partout dans le monde. Nous espérons aussi enseigner aux gens qui nous sommes et pourquoi nous sommes qui nous sommes. Leur montrer que nous sommes en réalité des êtres humains comme eux, avec du sang qui coule dans nos veines. Le respect de qui nous disons être ne dépend pas de ce qu’ils pensent de nos identités, il est en fait fondé sur la façon dont nous nous voyons, en étant qui nous disons être.

Deadly Price of Transphobia (à ne regarder que si vous avez le cœur bien accroché):

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Deadly Price of Transphobia in Brazil

Pour participer à la campagne #IAmValid, que ce soit en tant que personne trans’ ou en tant qu’allié.e, rendez-vous sur le site de TransValid.

Nos derniers articles sur le Brésil.