Parmi ceux et celles qui ont pris la défense du réalisateur Roland Emmerich, accusé d’avoir gommé les lesbiennes, les personnes trans’ de couleur et les drag queens qui ont participé aux émeutes de Stonewall en 1969 dans le film qui sortira aux États-Unis en septembre prochain, certain.e.s ont affirmé que non seulement il ne restait plus grand monde encore présent pour témoigner, mais aussi que ces quelques personnes auraient été bien incapables de se mettre d’accord sur une seule et unique version des faits. Le site Autostraddle a interviewé Miss Major, une militante trans’ noire, ancienne travailleuse du sexe et personnalité importante dans sa communauté, aujourd’hui âgée de 73 ans. Elle était justement à Stonewall à cette époque. Et affirme que cette réécriture de l’histoire est profondément décevante et absurde: «Ma première pensée a été: comment osent-ils recommencer? Il y a quelques années, il y a eu un autre film sur Stonewall et je jure que si j’ai vu une personne noire, ça devait être une ombre qui devait passer devant quelqu’un qui était blanc! (…) Vous savez les jeunes ne sont pas idiots. Ils liront l’histoire, ils savent que ça ne s’est pas passé comme ça. Ces gens ne peuvent pas laisser passer ça! Tout le monde n’était pas blanc! Nous sommes un pays fait de différentes couleurs, de personnes, de pensées, d’attitudes, de sentiments, et on essaie de nous rendre tous pareils pour une raison que j’ignore.»

Selon Miss Major, le traitement réservé aux personnes trans’ aujourd’hui est la continuité de plusieurs décennies durant lesquelles la communauté trans’ a été malmenée et dénigrée: «C’est incroyable qu’on puisse nous retirer ça. Et bien sûr, les autorités et le gouvernement veulent toujours faire ça. Mais ils font ça avec tout le monde. C’est tombé sur nous plus parce que nous étions parmi les gens qui étaient à la limite de la légitimité de la loi, (…) Parce que nous étions un groupe de personnes dont on pouvait se moquer, qu’on pouvait abuser, tourner en ridicule, blesser, et personne ne levait le petit doigt. Cela arrive encore aujourd’hui, mais à un degré un peu moindre car les gens sont plus au courant. Ils savent qu’on était déjà là avant Laverne Cox et Janet Mock

La militante porte aussi un regard critique sur cette volonté de rendre plus «présentable» la communauté LGBT: «Vous savez à l’époque, dans les années 60, tout le monde se battait pour sa propre identité. Les femmes voulaient leur part, les noir.e.s voulaient leur part, c’est censé être le rêve américain. Nous n’étions pas différents pour autant. Il y avait des gens qui essayaient d’aider les gays et les lesbiennes à se fondre dans le monde réel. Ok, très bien, si c’est ce que vous voulez. Mais je fais 1m88, je porte des talons de 7 cm et des cheveux blonds platine, le chemisier le plus ajusté et la jupe la plus courte que je puisse trouver, je ne peux me fondre dans rien! Personne ne va dire “Regardez cette femme là-bas” (rires). C’était hors de question pour nous. Nous n’étions pas exactement le clan le plus acceptable, mais on avait bon cœur, de forts caractères et nous étions courageux/euses, et nous avons le droit de vivre et d’être là tout comme les autres.»