Dans tous débats parlementaires sur l’éventuelle ouverture du mariage aux couples de même sexe, certains discours sortent du lot. C’est le cas de cette réponse du travailliste Tim Watts, très ému, au sénateur libéral Eric Abetz, qui lors de la réunion de la Coalition mardi dernier a affirmé que de nombreux homosexuels ne voulaient pas se marier, citant en exemple le couple Dolce et Gabbana.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur ‪Don’t Tell Gay Men What They Want Eric Abetz‬

«Avec ces commentaires, je me demande si le sénateur Abetz a déjà rencontré un homme gay. (…) Je vais parler d’un homme gay que je connais. Un homme que j’appelle mon oncle Derek, mais que mon oncle Ian n’a jamais pu appeler son mari. J’ai connu Derek avec des yeux d’enfant. C’était l’oncle qui préparait Noël, avec des décos et des papiers cadeau élaborés, celui qui mettait de l’ambiance dans les fêtes. Le type de personne que tout le monde a envie de connaître, particulièrement doué avec les enfants. Il aurait fait un père formidable. Comme son partenaire Ian, que j’ai vu depuis avec mes enfants. Quand j’y pense, je ne me souviens pas m’être jamais demandé pourquoi Derek et Ian étaient tous les deux des hommes, ça me semblait normal quand j’étais enfant. Malheureusement ça n’était pas normal pour les adultes de ma famille, au début en tout cas. Mon grand-père notamment, l’une des plus grandes influences de ma vie, a eu beaucoup de mal avec cette situation. C’était un homme conservateur (…) actif dans son église et sa communauté. D’autres membres de ma famille ont conseillé à mon oncle de ne pas faire son coming-out auprès de mon grand-père. C’était le Queensland des années 1980, très différent de l’Australie d’aujourd’hui. Mais il l’a quand même fait, et ça ne s’est pas passé sans heurts. Il n’y a pas eu d’acceptation instantanée. Les gens ne changeaient pas les points de vue de leur famille en une nuit.

«Mais notre famille a suivi le même parcours que beaucoup d’autres Australien.ne.s ces dernières années. Un parcours vers l’acceptation, puis vers l’amour. Et petit à petit Derek a commencé à faire partie de notre famille. C’était une bonne chose, parce que la famille a traversé des moments difficiles. C’est horrible de regarder quelqu’un mourir du sida. Encore plus dans le Queensland des années 1980 et 1990. Quand on est confronté non seulement aux horreurs de la maladie mais aussi aux outrages et aux horreurs de l’absence de reconnaissance de la société qui vous entoure. Être confronté aux passages à tabac par des voyous haineux dans la rue alors que votre corps s’auto-détruit de l’intérieur. Mon grand-père n’était pas du style à exprimer ses émotions, comme nombre d’hommes des années 1950 dans le Queensland, il montrait son amour par ses actes, pas par les paroles. Alors tandis que le corps de Derek dépérissait, il a montré son amour en débarquant chez eux à l’improviste, pour faire du bricolage dans leur maison, sur des choses qui n’avaient pas besoin d’être réparées.

«C’est un voyage que de nombreux/ses Australien.ne.s ont fait, de l’ignorance et la haine à la compréhension et l’amour. Derek avait planifié ses propres obsèques, et je les ai détestées, parce que c’était une fête, une célébration de sa vie. J’ai détesté ça parce que je ne pensais pas que les gens devaient être heureux à cette occasion. Mais c’était une fête qu’il avait voulue avec un message politique. Il y avait des rubans rouges partout. Et je sais qu’à la lumière de ce qu’il s’est passé ces dernières 24 heures, il aurait voulu que je fasse passer un message politique. Il aurait voulu que je dise au sénateur Abetz: ne vous targuez pas de savoir ce que les Australien.ne.s homos veulent. Ne leur dites pas ce qu’ils/elles veulent ou ne veulent pas. N’utilisez pas la loi pour leur refuser le même droit de choisir, la même reconnaissance pour leurs relations que les couple hétéros. Les gens comme le sénateur Abetz et le Premier ministre sont à juste titre considérés comme des blagues anachronistes sur cette question par une majorité d’Australien.ne.s. Une impression renforcée par cette référence absurde à Dolce & Gabbana. Croyez-le ou non, tous les gays ne sont pas des designers de mode italiens! Ne perdons pas de vue que bien que cela nous amuse, il s’agit de questions sérieuses, de dignité humaine et de discrimination légal dans ce débat. N’oublions pas que le mouvement LGBTI en Australie est une cause sérieuse, avec des conséquences sérieuses pour les Australien.ne.s LGBTI. Une cause qui a traversé des moments très durs en Australie ces dernières décennies et une cause que nous devrions tou.te.s, dans notre rôle de représentant.e.s, prendre très au sérieux.»

Lire aussi Australie: Vers un référendum sur le mariage pour tou.te.s?