[mise à jour, 13 août] Le verdict est tombé, les agresseurs ont été condamnés à quatre mois de prison et une amende de 500 dirhams (environ 46 euros).

C’est demain, jeudi 13 août, que le tribunal de première instance de Fès rendra son jugement envers les deux personnes accusées d’avoir participé à l’agression d’un homme présumé gay par une foule le 29 juin dernier. L’agression aurait débuté à la suite d’un différend entre la victime et un chauffeur de taxi.

Après avoir trouvé un autre taxi, la victime s’est fait sortir du véhicule avant d’être attaquée par une foule. Traitée de «tapette», ruée de coups, elle a été poursuivie jusqu’à son arrivée devant un marché où un policier l’a protégée. Le lendemain de l’agression, la victime a été conduite à l’hôpital par la police afin de demander un certificat médical après avoir passé la nuit à la permanence de police où elle a passé la nuit «sans boire ni manger», rapporte l’association Aswat dans un communiqué. Ce certificat lui a d’abord été refusé par le médecin responsable des urgences. Selon l’association, qui cite les déclarations que lui a faites l’homme agressé, «le médecin ne l’a pas examiné et s’est limité à dire que son état était stable et qu’il n’y avait pas à s’inquiéter». La victime est finalement parvenue à se faire délivrer ce certificat quatre jours après l’incident. «On peut noter que la victime a subi une discrimination dans l’accès aux services de santé», en conclut donc Aswat.

Entre temps, le 2 juillet, soit trois jours après l’agression, les deux suspects ont été arrêtés. Néanmoins, comme le souligne l’association, l’enquête pour retrouver les autres agresseurs que l’on voit sur la vidéo n’a toujours pas eu lieu malgré les promesses des ministres de la Justice et des Libertés et de l’Intérieur.

Lors du procès, les quelque 70 avocats de la victime – contre une quarantaine pour les accusés – ont invoqué l’article 3 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, selon lequel «tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne» mais aussi les articles 20 et 22 de la Constitution marocaine qui disposent respectivement que «le droit à la vie est le droit premier de tout être humain» et qu’«il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit, et par quelque partie que ce soit, publique ou privée».

L’identité de la victime ayant été divulguée par les médias, elle a dû déménager dans un autre quartier pour réduire les risques de subir une nouvelle agression. Pourtant, souligne Aswat, «le parquet n’a pas reconnu le droit à l’intégrité morale de la victime en rejetant la demande des avocats de la défense de réparation des dommages psychologiques subis par la victime, caractérisés par la peur permanente dans laquelle elle vit depuis son agression, selon ses déclarations».

Appelant «à l’arrêt de toutes formes de discrimination contre les citoyennes et citoyens, particulièrement sur le fondement de leur sexualité et de leur genre, dans l’accès aux droits, notamment au droit à la santé et à la justice, et à l’arrêt de la criminalisation des lesbiennes, gays, bisexuel.le.s, transgenres et intersexes sur la base de leur apparence et de leur allure non conformes à la norme», Aswat saisit aussi l’occasion d’exiger l’abrogation de l’article 489 du code pénal marocain criminalisant les actes homosexuels: «l’existence de cette discrimination légale est un des facteurs favorisant la discrimination sociale des personnes homosexuelles, bies et trans’, rappelle Aswat. L’égalité entre l’ensemble des citoyens est ce qui permet de mettre fin à ces formes de discrimination et d’injustice.»

Lire aussi Le calvaire de l’homosexuel de Fès, par Abdellah Taïa, sur Le 360.