Taim (dont le prénom a été modifié), un jeune étudiant en médecine irakien de 24 ans, est homosexuel. Or, être gay dans son pays peut entrainer la mort. Le jeune homme a témoigné pour la BBC de son histoire et de la façon dont il a dû fuir son pays pour survivre. «J’ai commencé à me rendre compte que j’étais gay vers 13 ou 14 ans. Je pensais, comme tout le monde, que l’homosexualité était une maladie et je voulais me sentir normal. Durant ma première année d’université, j’ai commencé à suivre une thérapie. Mon thérapeute m’avait recommandé de dire à mes amis que je traversais une phase difficile et de leur demander leur soutien», raconte Taim.

À cette époque, Taim, de culture musulmane, a énormément d’amis chrétiens, dont son petit-ami. Tout a basculé lorsque le jeune homme se bat avec Omar, un autre étudiant, qui lui reproche de trop fréquenter ce milieu. Un ami de Taim demande alors à Omar d’y aller doucement avec lui parce qu’il vit un moment difficile et suit une  thérapie en tant qu’homosexuel. Cette révélation fait basculer sa vie.

En novembre 2013, Omar attaque le jeune homme avec l’aide de deux amis alors qu’il rentre chez lui. Les trois hommes l’ont alors frappé et lui ont rasé le crâne. «C’est juste une leçon pour le moment parce que ton père est un religieux. Regarde ce que tu fais!», le menacent-ils. Après cette agression, le jeune homme quitte la ville plusieurs jours et ne va plus à l’université. À son retour, Omar refait preuve de violence à son égard. Lorsque Daesh prend le pouvoir, Omar appelle Taim et lui demande d’en rejoindre les rangs, comme lui.

Le 4 juillet dernier, des soldats de Daesh se présentent chez Taim pour l’arrêter car il est «un infidèle et homosexuel». «Mon père est une personnalité religieuse. Heureusement pour moi, il a réussi à leur dire de revenir le lendemain, de lui donner du temps pour découvrir si les accusations étaient véridiques, explique Taim.

«Quand mon père est revenu dans la maison, il s’est mis à hurler. Il a fini par me dire: Si ces accusations sont vraies, je serai heureux de te livrer moi-même! Moi, je suis resté là, sans savoir que faire ou quoi dire, ou comment me défendre.»

La mère de Taim a alors pris les choses en main. «On s’en va maintenant», a-t-elle dit à son fils à minuit, le soir même. Elle l’a emmené chez l’une de ses sœurs et lui a réservé un billet d’avion pour la Turquie dès le lendemain et lui a obtenu un visa. En raison des combats, le jeune homme a dû repousser son départ à plusieurs reprises. En août, il gagne enfin Souleimaniye et saute dans le premier avion. Il atterrit à Beyrouth. «Si j’étais resté, Daesh serait venu me tuer, comme c’est arrivé à d’autres. Si ce n’avait pas été Daesh, ç’aurait été ma famille, confie-t-il. Quelques jours après mon départ, j’ai appris que mon oncle paternel avait fait le serment de laver l’honneur familial. Dernièrement, j’ai reçu un message anonyme – ma mère pense qu’il provient de mon oncle – sur Facebook: “Je sais que tu es à Beyrouth. Même en enfer, je te retrouverai”.»

Difficile de garder contact avec sa famille pour le jeune homme, qui est actuellement pris en charge par une association au Liban, mais il communique aussi souvent qu’il le peut avec sa mère. «C’est difficile pour elle. Elle n’a pas de couverture réseau et doit sortir de la ville pour attraper un signal. C’est la personne la plus extraordinaire du monde. Elle est cultivée, respectueuse, brillante. Quand elle a essayé de me faire sortir du pays, nous n’avons jamais discuté de mon homosexualité. Elle n’avait qu’une idée en tête: me mettre en sécurité. Parce qu’elle est ma mère, je pense qu’elle a toujours su que j’étais gay. Mais tout ce que j’ai senti en elle était son amour», a-t-il ajouté. Taim a également dû couper tout lien avec ses amis gays vivant en Irak pour leur sécurité.

Car Daesh a fait de l’élimination des homos un de ses objectifs. «Ils les pourchassent un à un, raconte Taim. Quand ils capturent des gens, ils passent au peigne fin leurs contacts téléphoniques et leurs amis Facebook.

«Ils essaient de pister chaque gay. Et c’est comme des dominos. Quand l’un tombe, les autres vont suivre.

«C’est horrible de voir la réaction du public aux meurtres. En général, quand Daesh publie des photos en ligne, les gens compatissent avec les victimes… mais pas si ce sont des homos. Les commentaires sur Facebook lorsqu’ils postent les vidéos des meurtres sont terrifiants. (…) Voilà la société que j’ai fuie.»

À lire sur BBC.com, repris en français par 360.ch

Via Laetitia Béraud.