Rien ne prédestinait vraiment Louise Roam à l’électro, elle qui a débuté le violon à cinq ans: «J’en ai fait vingt ans, vingt ans de classique! A 16 ans, j’ai voulu faire du rock. Je faisais de la guitare électrique avec des copains dans des sous-sols. A 18 ans, j’ai habité dans Paris intramuros et je trainais avec des punks, j’allais beaucoup dans les squats, c’était vraiment ma culture.» C’est à ce moment qu’elle monte Pierrette & Georges, duo électro-punk lesbien: «C’est marrant, les gens se souviennent de ce groupe, alors qu’on a fait trois concerts… et c’était n’importe quoi! s’étonne-t-elle. C’était surtout une blague, avec ma copine de l’époque.»

 

Mais c’est aussi à cette période que Louise Roam découvre les clubs, le Rex et de ce fait, la musique électro… qui ne lui fait pas bonne impression au premier abord:

«Je ne comprenais absolument pas cette musique binaire. Quand tu viens du classique, tu apprends à faire respirer la musique, là je me retrouvais avec quelque chose de très figé.»

«Mais à force d’écouter, j’ai commencé à reconnaître et à apprécier certains sonorités. Dans la minimale, quelque chose m’a plu, et j’ai commencé à fouiller.» L’idée de faire un projet solo germe progressivement: «J’avais déjà commencé à triturer un peu sur ordinateur, à faire de la prod’. Je m’amusais. J’ai commencé à vraiment travailler tout ça, et au fur et à mesure est née Louise Roam.» Son premier morceau remonte à deux ans. «J’ai eu besoin de prendre mon temps, d’apprendre à me servir des machines. J’ai une formation d’ingénieur du son, ça m’a aidé au niveau de la technique. J’avais besoin de trouver cette patte que je suis toujours en train de travailler.» Le premier EP à peine sorti en juin dernier, le second est déjà en cours d’écriture.

PARCOURS ATYPIQUE
Le parcours atypique de Louise Roam permet donc de mieux comprendre la consistance si riche de sa musique: «Comme je suis toute seule, je suis obligée de faire avec des boîtes à rythmes, reconnaît-elle. Mais j’ai envie de sortir de ça et j’essaie de faire tout un travail de matière, pour faire tourner la musique. Après ça reste figé, parce que c’est un BPM (battement par minute, ndlr) donné, mais j’essaie de la faire vivre comme si j’étais avec un groupe derrière.» À titre de références, Louise Roam cite les noms de John Talabot et Gui Boratto: «C’est hyper organique, ça me parle vraiment.»

louise roam ep raptus

Pour le clip de Raptus, de même que la pochette de l’EP, Louise Roam a convoqué une imagerie du temps qui passe, traversée par l’enfance et par la vieillesse. «C’est Sylvia Borel qui a fait cette photo. Je lui ai fait écouter l’EP sans lui dire ce que je voulais. Spontanément, elle m’a parlé de l’idée du gamin. Elle a sorti d’elle-même tout ce que j’allais lui raconter si elle m’avait demandé ce que je voulais. Elle avait tout compris. Pendant le shooting, elle m’indiquait tel ou tel endroit et puis elle m’a dit “C’est là, la pochette est là”. Et ça a donné cette photo. Pour le clip de Raptus, j’ai donné carte blanche à Edmond Carrère et il est aussi parti sur la thématique du temps. Je n’ai rien demandé ou expliqué, les gens ont compris.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur LOUISE ROAM – RAPTUS (Official)

«Le Raptus, c’est quand tu sors de toi, explique Louise Roam. C’est cet espèce d’extase qui arrive, qui peut être provoquée par n’importe quoi, du son, des images, une épilepsie. Ce que je voulais, c’est capter ce moment où ça sort et où tu fais tout ce que tu veux, tu es au-dessus de toi. Il n’y a plus de temps, ni de rapport au temps. Tu peux être l’enfant, tu peux être le vieillard que tu seras plus tard.»

«Dans ce moment, il n’y a plus de temporalité, c’est l’état des choses qui est comme ça. Et c’est que la pochette dit: Ce gamin ça pourrait être moi et on est au même endroit. On est la même personne. Je voulais exprimer ce ressenti que tu as quand tu lâches prise dans la vie.»

COMME UN ENFANT
Louise Roam évoque aussi un sentiment proche de l’enfance, dans ses premiers pas: «Au premier EP, j’étais comme un enfant. Quand je l’ai composé, il y avait toutes les peurs de l’enfance qui ont ressurgi. Sur le second, on bascule dans l’adolescence. Quelque chose de plus réfléchi… mais qui ne l’est pas. On perd la spontanéité de l’enfant, donc c’est quelque chose de construit et de fou en même temps.»


© Marie Magnin

En concert, Louise Roam est seule en scène. «Quand c’est ton projet, tu t’ouvres, les gens sont là, te regardent. C’est comme être à nu: je pourrais être à poil, ce serait exactement la même sensation, je pense. Alors que je suis quelqu’un de très pudique, et mon projet est très personnel. Avant, ça me rendait malade de jouer devant des gens.» Mais l’angoisse de la scène commence à s’estomper: «Au Trabendo le 15 juillet, j’ai pris énormément de plaisir, assure Louise Roam C’est le début, je ne suis pas encore en totale confiance. Mais il y a quelque chose de très excitant et je me permets d’essayer des choses. Je vais trouver un liant, une histoire avec ce live et incorporer de nouvelles chansons.» Avant de présenter en live Raptus, Louise Roam est aussi sur scène avec Saycet, le projet musical de Pierre Lefeuvre.

Début juillet, la Gaîté Lyrique accueillait le Loud & Proud, un festival queer qui programmait justement plusieurs artistes françaises, comme Léonie Pernet et Fiodor Dream Dog. Louise Roam se verrait-elle rejoindre un line-up de ce genre? «J’aime bien cette scène, si on peut parler de scène, affirme-t-elle. Après je ne me sens pas affiliée à une scène gay ou queer. Plus jeune, avec Pierrette & Georges, oui, on était davantage dans cette démarche. Aujourd’hui, je ne me sens pas de porter quelque chose de “politique”. Après forcément, en tant qu’homo, il faut défendre des choses. Dans l’image, il y avait quelque chose de très affirmé chez Pierrette et Georges. Avec Louise Roam, je n’ai pas envie que l’image soit provocatrice dans ce sens-là.» Pourtant l’idée de s’affirmer tel.le que l’on est, n’est jamais très loin chez Louise Roam:

«Si on écoute les paroles du premier EP, dans The Walk, ce qui est dit c’est quand même “Fous la paix à celui qui ne marche pas au même rythme que toi et accepte la différence”. Même si je ne le mets pas en avant, il y a toujours dans les paroles quelque chose qui touche au combat des queers, des homos.»

image-10-full

 © Sylvia Borel

Louise Roam sera au Petit Bain (Paris, 13e) le 4 août et à La lune des pirates (Amiens) le 17 octobre.

Dévoilé aujourd’hui sur Soundcloud, découvrez la version acoustique de Raptus: