Avec Richie, surnom donné par les étudiants de Sciences Po à celui qui fut leur directeur pendant 16 ans, la journaliste au Monde raconte Richard Descoings, son ascension dans les cercles du pouvoir et un début de disgrâce (le scandale de la gestion de Sciences Po), brutalement interrompu par sa mort en 2012 dans un hôtel new-yorkais. Raphaëlle Bacqué mêle indistinctement vies privée et publique et l’orientation sexuelle de ce vrai personnage de roman n’est qu’une donnée comme une autre de sa personnalité. Certain.e.s veulent voir dans le parcours de «Richie» un témoignage de la puissance du «lobby gay». Pur fantasme. La biographie de la journaliste du Monde montre au contraire que Descoings était homme de réseaux, certes, mais davantage de réseaux de pouvoir, ou de grands corps de l’État, que de réseaux liés à l’homosexualité. Tout au plus son orientation sexuelle explique-t-elle certains éléments de son parcours, comme son engagement bref, mais intense, à Aides au milieu des années 80 (les pages les plus passionnantes du livre).

Elle explique sans doute aussi que le patron de la SNCF – son ancien compagnon – mette aisément à disposition des rames de train pour faciliter ses déplacements et ceux de ses étudiant.e.s. Elle explique enfin certaines de ses affinités. Mais c’est à peu près tout. Sur ce sujet, Raphaëlle Bacqué lui prête d’ailleurs cette formule qui en dit long sur l’ambivalence de l’homme: «Je suis homosexuel pour ceux qui savent, hétérosexuel pour ceux qui n’ont pas besoin de savoir». Au-delà de cet aspect, le livre vaut surtout le détour pour sa description des méandres du pouvoir: dîners du Siècle, ce club très fermé des élites, renvois d’ascenseurs constants entre hauts fonctionnaires, politiques ou grands patrons, etc. Et au milieu de tout ça, un homme, qui a voulu transformer son école, presque l’École elle-même, tout en brûlant la vie par les deux bouts.

Richie, Raphaëlle Bacqué, Grasset, 288 p., 18€.

Cet article est extrait des Lectures de Yagg du 15 mai 2015, à lire en intégralité ici.