Sorti le 13 mai dernier, le film Une Femme iranienne, réalisé par Negar Azarbayjani, s’est retrouvé au cœur d’une polémique lors de son arrivée dans les salles. En cause, des sous-titres approximatifs et un titre, choisi par le distributeur français Outplay, accusé d’invisibiliser un des protagonistes de l’histoire, le personnage d’Eddie, un garçon trans’.

DE NOUVEAUX SOUS-TITRES…
Une dizaine de jours après la controverse, une nouvelle version du sous-titrage a été produite pour rectifier les différentes erreurs de traduction. Un geste de la part d’Outplay pour corriger le tir et calmer la colère des militant.e.s trans’ choqué.e.s par les approximations présentes dans le film? «C’est la personne qui a fait les sous-titres qui a tenu à refaire une nouvelle version, explique à Yagg Thibault Fougères. À la fin du film, il y a un carton qui indique le nombre d’enfants qui naissent chaque année et qui sont dans le même cas d’Eddie, et cela l’a induit en erreur car il pensait qu’il s’agissait d’enfants nés intersexes.» Mais le titre, lui, ne changera pas, tient à préciser le distributeur. La nouvelle version des sous-titres a donc été transmise aux salles cette semaine. «Une Femme iranienne a fait 14000 entrées durant sa première semaine», indique Thibault Fougères, qui maintient que ce nombre aurait été beaucoup moins élevé si la transidentité avait été mise en avant dans la communication du film. «On a touché un public plus large, beaucoup de gens m’ont fait de très bons retours.»

…TROP TARDIFS?
Pourtant, malgré la satisfaction de voir le film enfin diffusé avec des sous-titres cohérents avec le personnage d’Eddie, force est de constater en lisant les critiques (globalement très positives) autour du film que l’identité de genre du protagoniste a été bien mal comprise: Pour Le Figaro, Eddie «fuit sa riche famille qui veut la marier de force alors qu’elle a décidé de changer de sexe», tandis que Télérama évoque «une rebelle transsexuelle». Dans Studio Ciné Live, Eddie est «une jeune passagère qui fait tout pour se faire passer pour un homme». Enfin, Le Parisien, tout comme Le JDD, parlent d’une personne «intersexe» qui «possède à la fois les organes génitaux d’un homme et d’une femme», ou «ni garçon ni fille». Comme si finalement l’identité de genre d’Eddie en tant que jeune homme trans’ avait bel et bien été gommée et que le film Une Femme Iranienne apparaissait désormais comme l’histoire de deux femmes, et non comme la confrontation d’une jeune femme et d’un homme trans’ qui défient chacun.e à leur manière l’ordre établi dans la société iranienne d’aujourd’hui.

Nos précédents articles sur Une Femme iranienne.