La finale de la Coupe d’Italie (féminines), prévue ce samedi 23 mai, a failli être annulée. Les footballeuses des clubs de Brescia et Tavagnacco ont menacé de refuser de jouer le match tant que Felice Belloli, président de la Ligue italienne de football amateur (dont dépend le foot féminin) accusé d’avoir lancé lors d’une réunion qu’il refusait de donner plus d’argent à «cette bande de lesbiennes» (les joueuses de football), n’aurait pas démissionné. Lui nie avoir tenu ces propos.

Felice Belloli a finalement été écarté par un vote unanime lors de la réunion du Conseil du football amateur, jeudi 21 mai, en fin de journée. La finale se tiendra donc bien.

Signe du ras-le-bol autour du peu de considération autour de la discipline quand elle est pratiquée par des femmes, le mouvement d’indignation qui parcourt une partie du calcio est virulent. Des joueuses demandent également la création d’une ligue féminine. Le football italien compte 11000 licenciées.
Comme l’indiquent beaucoup de témoignages sur les réseaux sociaux, le problème n’est pas de se faire traiter de lesbiennes. Ce «basta» («Ça suffit») s’élève surtout dans les clichés dont on affuble le football… Un problème décidément récurrent dans certains pays quand on évoque le sport féminin: «Si la phrase de Belloli est vraie, ce sont des paroles sexistes, machistes et ignorantes, a indiqué Patrizia Panico, joueuse emblématique de la sélection italienne. Nous voudrions être jugées pour ce que nous faisons sur le terrain, pas pour notre orientation sexuelle.»

Dans une lettre ouverte, des joueuses racontent leur lassitude (euphémisme):

«Nous sommes fatiguées d’entendre des lieux communs. Nous sommes fatiguées que l’identité sexuelle des personnes et de nous joueuses en particulier soit le lieu de jugements de valeur primaires. Nous sommes fatiguées de pas être vues, valorisées ou critiquées exclusivement sur ce que nous faisons sur le terrain. Nous sommes fatiguées d’entendre depuis que nous sommes enfants que le football est un sport fait par des hommes pour des hommes et que celle qui le pratique perd sa féminité. Nous sommes fatiguées d’entendre dire qu’il y a un stéréotype de féminité et un stéréotype de masculinité. Nous sommes fatiguées d’entendre dire qu’il n’y a pas d’argent pour nous.»

L’équipe nationale italienne peine à briller sur la scène internationale, un comble dans un pays où le calcio est une religion. Elle n’est, par exemple, pas qualifiée pour la Coupe du monde 2015 au Canada (6 juin-5 juillet).

Twitter a vu apparaître le hashtag #Rispettaci («Respectez-nous») à la suite d’une banderole déployée lors des des demi-finales de la Coupe d’Italie.

La joueuse de tennis Flavia Pennetta s’est montrée solidaire de ses collègues:

Ainsi que le club féminin de la Roma:

Ou encore les journalistes de sport Federico Zanon (Eurosport, Sky Sport) ou Martina Angelini (Eurosport):

Verre d’eau à moitié plein, cette polémique semble entraîner un début de prise de conscience sur la situation du football féminin en Italie et des discussions ont commencé sur les outils à lui donner pour qu’il puisse mieux se développer, sous des regards moins ignorants.

Cet article est extrait de la chronique Terrains de Jeux du 21 mai 2015, à lire en intégralité ici.