Présidé par Desiree Akhavan, le jury de la Queer Palm a décidé cette année de récompenser Carol, la très attendue adaptation du roman de Patricia Highsmith par Todd Haynes, présentée en sélection officielle, avec Cate Blanchett et Rooney Mara, «pour ses performances à fendre le cœur, pour sa mise en scène soignée et distinguée, pour sa maîtrise impressionnante de l’art cinématographique».

La Queer Palm du court-métrage est allée au film chilien Locas Perdidas d’Ignacio Juricic Merillan présenté à la Cinéfondation.

Le choix semble avoir été un peu difficile pour le jury, à en croire le discours de Desiree Akhavan: «Comment reconnait-on un film queer? J’ai toujours considéré que les films queer étaient ceux qui humanisaient et rendaient homages aux personnes et personnages “queer”. La formidable équipe qui organise la Queer Palm, pour sa part, définit le cinéma queer comme “des histoires et des personnes qui vont volontairement à l’encontre des normes sociales”. Quelle que soit la définition choisie, j’ai eu beaucoup de mal à trouver ces qualités dans les films sélectionnés par la Queer Palm cette année. Tous me semblaient trop peu gays. Dans ce contexte, le jury donne une mention spéciale à The Lobster – un film qui ne contient aucun élément “gay”, mais qui se démarque par la manière dont il se moque des normes sociales absurdes et des conventions sur les relations sexuelles. Une allégorie parfaite, qui fait écho à un manque de représentation ouvertement gay à Cannes.»

Et de s’interroger:

«Est-ce Cannes qui a du mal avec les films qui contiennent des éléments queer, or les réalisateurs qui évitent de raconter des histoires queer parce que cela relèguerait leur travail au ghetto du “cinéma gay”? Certainement un peu des deux. Et c’est précisément pour cela que l’existence d’un prix comme la Queer Palm est fondamentale: ce prix met en lumière les films qui élargissent la définition du cinéma queer, et qui continuent à honorer l’histoire de ce cinéma-là.»

«L’année dernière, Xavier Dolan a déclaré que l’existence de la Queer Palm le dégoutait, a-t-elle poursuivi. En tout bien tout honneur, je voudrais exprimer mon désaccord. Pour moi, les prix tels que la Queer Palm ne fragmentent pas la société: au contraire, ils mettent en avant l’existence du cinéma queer, ils les exposent et les rendent publiques. Parce que le cinéma queer, c’est très important. C’est très important parce que c’est à travers le cinéma queer que j’ai rencontré mes premièr.e.s ami.e.s. C’est très important, parce que c’est dans le cinéma queer que j’ai trouvé la confiance en moi et la force, alors que je faisais mon coming-out et que j’essayais de comprendre ce qu’être homo voulait dire et comment cela allait influencer ma vie. Je ne pense pas que mon histoire soit un cas particulier. C’est très important de dire “merde” aux stéréotypes. Celles et ceux qui sont gênés par l’étiquette “réalisateur gay” devraient s’efforcer de redéfinir le terme, en faisant de bons films queer. La plupart des gens pensent qu’être queer, c’est se battre contre les étiquettes. Que c’est défier les catégorisations. Que les étiquettes doivent aller à la poubelle – comme le disait le badge que distribuait l’association queer de mon école. Ce soir, j’aimerais au contraire faire la défense de ces étiquettes.

«Chaque fois qu’un bon film s’affiche comme un film queer, la perception du cinéma queer se transforme. L’inconnu du lac, Weekend, Pride: ces films ont changé la vision que l’on pouvait avoir du cinéma queer, parce qu’ils n’avaient pas peur du “ghetto du cinéma gay”. Le film que nous avons choisi de récompenser est bien plus qu’un simple film: c’est un moment d’histoire. La première histoire d’amour entre deux femmes, traitée avec le respect et l’importance que l’on accorde à toutes les autres romances cinématographiques importantes.»

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