Décidément, la féminité est un des enjeux de ce 68e festival de Cannes!

Déjà à l’annonce de la sélection, on s’offensait du peu de cinéastes femmes présentes dans la compétition officielle (les deux Françaises Maiwenn et Valérie Donzelli sur 17 films présentés), puis c’est cette (fausse) polémique qui enflamme la croisette: des spectatrices auraient été refoulées du tapis rouge car elles ne portaient pas de talons hauts (Lire À Cannes, pas de talons hauts, pas de «Carol»). Vague de réactions outrées parmi lesquelles celle du réalisateur canadien Denis Villeneuve qui promet de «monter les marches en talons hauts avec Bénicio Del Toro».

Une séquence qui malheureusement n’aura pas lieu lors de la présentation de Sicario, un thriller militaire avec aussi Emily Blunt (photo) dans le rôle d’une jeune recrue idéaliste du FBI en proie à la réalité du trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine. Impressionnante dans ce long métrage, plutôt bien reçu par la critique, la comédienne anglaise l’était déjà dans Edge of Tomorrow, autre film avec un personnage principal féminin «fort»…

Afin de remettre les pendule à l’heure, Thierry Frémaux lui-même a pris la parole: les talons plats sont bel et bien autorisés. En revanche pas question de mettre un smoking féminin même Saint Laurent du meilleur goût: c’est robe ou jupe, là dessus on ne transige pas! À Cannes on aime les «traditions».

SÉANCES DE MINUIT
Mais on aime aussi la provocation, surtout lors des fameuses séances «de minuit» où la sous-préfète azuréenne choucroutée n’ose s’aventurer, ou alors en connaissance de cause. Et c’est le grand spécialiste de la subversion pour accrédité.e.s qui s’y colle cette année avec Love de Gaspard Noé: un porno en 3D philosophico métaphysique qui est censé émoustiller les festivaliers. La musique disco sensuelle du tapis rouge a beau essayer de donner le change, c’est bien un ennui profond qui saisit les spectateurs devant le énième pétard mouillé du réalisateur franco-argentin.

Pourtant on avait vraiment envie d’y croire avec son casting sexy composé de deux jolie filles et d’un mec bombesque dont le sexe en érection s’expose sans tabou, mais passé les dix premières minutes plutôt séduisantes, on s’aperçoit que rien ne choquera ici, sauf l’indigence d’un propos aussi vain que prétentieux.

On reste aussi perplexes devant les relents homophobes / misogynes du réalisateur d’Irréversible qui n’en est pas à son coup d’essai et dont on souhaite qu’il fasse une bonne psychanalyse avant de revenir au cinéma, histoire de résoudre quelques névroses qui maintiennent le film au niveau de naïveté d’un mauvais film de fin d’étude. Et c’est dommage car en terme d’image, de montage, de sens du rythme, Gaspard Noé ne manque clairement pas de talent ni d’imagination. C’est probablement l’un des seuls réalisateurs présents, toutes sections confondues à maîtriser et bousculer autant l’outil cinématographique. C’est donc un énorme sentiment de frustration qui prédomine, presque comme toujours chez Gaspard Noé…

Et dans les autres films on ne peut pas dire que côté sexe ce soit la révolution à en juger par l’inceste timide de Marguerite et Julien. Seuls les vieux libidineux du Youth de Paolo Sorentin semblent avoir la forme! Un comble…