Bon, on ne va pas se voiler la face. Au regard du peu d’intérêt que suscitent les demi-finales de l’Eurovision en France, et en partant du principe que la seconde manche de ce soir, pourtant très sympa, n’est pas programmée de par chez nous, on va aller droit au but: à moins d’un cataclysme, Måns Zelmerlöw, le Suédois archi-favori avec sa chanson Heroes, devrait se qualifier sans peine pour l’émission de samedi. Un ultime round qu’il devrait – aller, on ose, «spoiler alert» – remporter. Neuf autres nations, sur les 17 à concourir ce soir, vont l’escorter. Il devrait ainsi être accompagné en finale, selon notre boule de cristal, de la Lithuanie, de Malte, de la Norvège, de l’Azerbaïdjan, de l’Islande, de la Slovénie, de la Suisse, d’Israël et de la Pologne.

Tiens, la Polonaise, Monika Kuszyńska, justement. Il n’échappera à personne – ou en tout cas pas à celles et ceux qui suivront le programme ce soir, soit sur internet (france2.fr) soit sur CanalSat (EinsFestival, canal 433) – que l’interprète se déplace en fauteuil roulant. Elle a été victime d’un accident de voiture en 2006, qui l’a laissée partiellement paralysée. Le hic, c’est que la structure qui a été construite spécialement pour recevoir les artistes après leur performance (la fameuse «green room») n’a pas du tout été pensée pour accueillir les personnes à mobilité réduite.

La chanteuse en a fait l’expérience lors de la répétition générale d’hier soir, comptant pour le vote des jurys professionnels. Dans le cadre de cette émission, une simulation des résultats se fait en fin de show. À ce moment-là, les trois animatrices appellent sur scène les 10 candidat.es sélectionné.e.s qui accèderont à la finale du samedi. Le temps que la Polonaise soit appelée dans le cadre de cet exercice et qu’elle rejoigne les autres «faux» finalistes, le générique de fin avait déjà entamé ses dernières notes. Bref, si Monika devait se qualifier ce soir, elle ne pourrait donc pas profiter pleinement de ce «moment de gloire» comme ses concurrent.e.s. N’allez toutefois pas croire que l’événement est totalement inaccessible pour les personnes à mobilité réduite. Le public venant assister au show ne rencontre pas de problèmes d’accès à la salle de spectacle, et la salle de presse est également pensée pour elles.

Reste que cet oubli concernant la Polonaise est regrettable. Il l’est d’autant plus que le concours se veut plus accessible: pour la première fois, il sera traduit dans la langue des signes internationale. Neuf pays sont d’ailleurs déjà engagés dans cette belle initiative: l’Autriche (à l’origine du projet), le Danemark, l’Allemagne, la Finlande, la Lettonie, la Norvège, la Suède, la Suisse et la Slovénie.

langue des signes Eurovision
@Andres Putting/EBU

Et les internautes français.es pourront retrouver cette version sur le site eurovision.tv. À défaut de la voir directement sur leur écran de télévision… Bref, il y a encore du boulot!