Monsieur le Maire du IIIe arrondissement, cher Pierre Aidenbaum,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les élu.e.s,

Cher Pierre Guénin,

Mesdames et Messieurs les membres du jury du prix Pierre Guénin,

Monsieur Jean-Paul Cluzel, lauréat du prix Pierre Guénin contre l’homophobie et pour l’Égalité des droits,

Chers partenaires,

Chèr.e.s membres et chèr.e.s bénévoles,

Je tiens d’abord à remercier Monsieur Pierre Aidenbaum, les élu.e.s et le personnel de la mairie du IIIe arrondissement. Comme chaque année, vous nous accueillez à l’occasion de la présentation de notre rapport annuel et de la remise du prix Pierre Guénin. Merci.

Merci également à l’ensemble des élu.e.s présent.e.s ce soir. Votre présence à nos côtes est un soutien essentiel. Vous luttez avec nous pour faire progresser le combat contre les LGBT-phobies, pour l’égalité des droits des personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’, pour la liberté de chacune et de chacun de vivre et d’aimer quelles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre.

Monsieur Pierre Guénin, vous avez créé ce prix qui porte votre nom. Nous sommes toujours très honoré.e.s d’être votre partenaire. Cet événement récompense celles et ceux, qui par leurs mots ou leurs actions combattent l’homophobie et la transphobie. Ce prix que vous remettrez dans quelques instants est la juste reconnaissance de l’engagement des lauréat.e.s.

Je salue nos partenaires, présents ce soir. Nous travaillons ensemble; nous militons ensemble. Et je l’espère, nous réussirons ensemble!

Un très grand merci, une immense gratitude à nos membres et bénévoles. SOS homophobie est le fruit de leur engagement, de leur travail quotidien pour aider les victimes, prévenir les LGBT-phobies, combattre en faveur de l’Égalité des droits.

En tant que co-référent du rapport annuel que nous vous présentons ce soir, je veux enfin dire quelques mots à l’ensemble des personnes qui ont contribué à ce document, et qui pour certaines sont présentes ce soir. Je remercie celles et ceux qui ont apporté leur témoignage et leur expertise. Je remercie particulièrement le dessinateur Nawak qui a illustré notre rapport cette année et qui, très souvent, nous apporte son soutien. Je remercie enfin tou.te.s les membres de la commission Rapport annuel qui ont écrit cet ouvrage de référence.

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Jean-Paul F. et Jean-Paul B., un couple agressé à un arrêt de bus après s’être embrassés,

Sandra et Charline, qui n’osent pas se tenir la main en public,

Fabien, un jeune gay, insulté par ses camarades de classe,

Louise, dont la banque refuse de tenir compte de son changement d’identité,

Six noms, six personnes, six visages. Elles et ils témoignent, dans notre nouveau rapport annuel, de l’enracinement dans notre société de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie.

Face à l’insulte, à la violence et au rejet, nous pensons à la réflexion du dramaturge norvégien Ibsen: «Quel courage il faut, à certains moments, pour choisir la vie!»

Jean-Paul Cluzel, je pense à votre courage et votre engagement contre l’homophobie et pour l’égalité des droits. En tant que personne publique, vous avez fait le choix d’une visibilité militante. Ce choix vous honore. Combien de jeunes gays, en vous voyant, en vous entendant ont pu tout simplement se dire «C’est possible»? Votre exemple est un modèle.

Je pense au courage des victimes de lesbophobie, de gayphobie, de biphobie et de transphobie.

Je pense à ces jeunes, qui, chaque jour, malgré les insultes, le harcèlement, parfois les coups, trouvent la force de franchir les grilles de leur collège et de leur lycée, de retrouver le soir chez elles et chez eux une famille qui ignore souvent leur souffrance.

Je pense à ces personnes qui, sur leur lieu de travail, dans leur voisinage, subissent des moqueries, des remarques déplacées, des comportements condamnables. Debout, elles font face et affrontent chaque jour l’hostilité de leurs collègues, de leurs voisin.e.s.

Je pense au courage des personnes trans’ que notre société refuse de reconnaître, aux humiliations quotidiennes dont elles peuvent être les victimes, au parcours de transition – complexe et souvent vexatoire – que l’État leur impose.

Je pense à celles et ceux, qui à l’étranger, dans des pays où l’homosexualité et la transidentité sont condamnées, risquent leur vie pour les sentiments qu’elles et ils éprouvent, pour défendre leur identité, pour les combats qu’elles et ils mènent en faveur des droits des personnes LGBT.

Dans une société qui exclue, ces femmes et ces hommes vivent et aiment malgré la violence, la haine, le rejet dont elles et ils peuvent être les victimes. Elles et ils font preuve d’un courage que nous ne pouvons qu’admirer.

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Face à ce courage, face à ces engagements, nous n’acceptons et n’accepterons ni le silence, ni la lâcheté de celles et de ceux qui peuvent agir contre l’homophobie et la transphobie. Aujourd’hui, personne ne peut ignorer les difficultés des personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’.

Personne ne peut ignorer les moqueries et les insultes, la boîte aux lettres taguée et les crachats sur la porte du voisin homosexuel ou transsexuel.

Personne ne peut ignorer ces femmes et ces hommes, obligé.e.s de cacher leur vie chaque jour sur leur lieu de travail, de se cacher de leurs collègues.

Personne ne peut ignorer les souffrances des jeunes lesbiennes, des jeunes gays, des jeunes bi.e.s, des jeunes trans. Je me permettrais de rappeler les premières lignes du roman d’Édouard Louis, co-lauréat du prix Pierre Guénin l’an dernier: «De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé un sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire: tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître.»

Personne ne peut ignorer, que parmi ces jeunes, trop nombreux/ses sont encore celles et ceux qui tentent de mettre fin à leur jour, qui meurent, tué.e.s par l’homophobie et la transphobie, tué.e.s par la haine, tué.e.s par l’indifférence que leur ont opposé leur entourage, leur famille et l’École.

Personne ne peut ignorer que l’homosexualité est aujourd’hui punie de mort dans 12 pays, que dans de nombreux autres, les personnes LGBT peuvent être poursuivie devant la justice en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre.

Personne ne peut ignorer que toute déclaration qui remet en cause les droits et les libertés des personnes LGBT, que toute attitude complaisante à l’égard des opposant.e.s à l’Égalité des droits nourrit l’homophobie et la transphobie.

À celles et ceux qui se réfugient derrière l’ignorance, nous leur rappelons que leur responsabilité est immense. Elles et ils sont comptables de leur inaction, comptables des violences perpétrées à l’encontre des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans’, comptables d’une société dans laquelle l’esprit de tolérance cède peu à peu aux assauts de haine.

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Que faire face à la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie? Ni mots ni déclarations, seulement des actes!

Des actes pour soutenir les victimes d’homophobie et de transphobie. Les services d’écoute de notre association, ouverts chaque jour, notre activité de soutien, permettent aux victimes et à leurs proches de trouver une aide face aux violences qu’elles et ils subissent.

Nous sommes très sensibles, aujourd’hui, à la promesse faite par la garde des Sceaux, Christiane Taubira, de durcir les sanctions pénales au motif d’une discrimination qu’elle soit raciste, antisémite, homophobe ou handiphobe.

Des actes pour prévenir les LGBT-phobies. À l’École tout d’abord. Nos bénévoles interviennent dans les collèges et les lycées pour sensibiliser les plus jeunes à la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Lors de chacune de nos interventions, nous constatons à quel point elles sont nécessaires pour répondre aux craintes et aux interrogations des élèves, pour aider des enseignantes et des enseignants souvent démuni.e.s sur le sujet, parfois pour apaiser le climat scolaire.

C’est pour cette raison qu’il y a quelques jours, plusieurs associations – dont SOS homophobie et nombre de nos partenaires présents ce soir – ont lancé un appel pour mettre en place une politique ambitieuse de lutte contre les LGBT-phobies à l’École et dans les Universités, une politique qui ne se limite pas à un simple tweet le jour du 17 mai. Nous relayons ce soir cet appel: « Madame la Ministre, soyez à la hauteur de vos déclarations, soyez à la hauteur du courage dont, chaque jour, les personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’ doivent faire preuve pour trouver leur place à l’école et dans notre société.»

À cet égard, la campagne «Coup de sifflet» lancée par le ministère des Sports il y a quelques jours constitue un bel exemple d’engagement. Nous remercions très chaleureusement les concepteurs/trices de cette action qui sont parmi nous ce soir.

Des actes pour faire de l’Égalité des droits, de la liberté de vivre et d’aimer, quelles que soient son orientation sexuelle et son identité de genre, des réalités. La loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe a été une formidable victoire, une avancée décisive dans la conquête des droits des personnes homosexuelles. Les deux rapporteurs de ce texte sont parmi nous ce soir. Jean-Pierre Michel, Erwan Binet, merci. Merci infiniment pour votre engagement. Il y a deux ans, alors que la loi venait d’être votée, je me souviens de cette salle debout applaudissant longuement, très longuement cette décision historique. Notre reconnaissance vous sera à toujours immense.

Et aujourd’hui? Il a fallu des mois d’hésitations pour que le don du sang soit – vraisemblablement – ouvert aux gays et aux hommes bisexuels. La simplification des procédures de changement d’état civil pour les personnes trans est devenue taboue. La reconnaissance de la diversité des modèles familiaux a été oubliée. L’accès à la PMA pour toutes les femmes est sans cesse repoussé. Ces silences et ces reculades entretiennent la hiérarchisation entre les personnes selon leur orientation sexuelle et leur identité de genre. Comment considérer l’Autre comme son égal quand les pouvoirs publics eux-mêmes renoncent à l’Égalité entre les personnes?

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Nous assistons aujourd’hui avec effroi à la montée des extrémismes. Les discours politiques se durcissent, se radicalisent.

Nous ne nous laisserons pas prendre au piège du discours pseudo-complaisant de celles et de ceux qui, sous couvert de défendre les personnes LGBT, s’attaquent à d’autres minorités. Nous le rappelons avec force, les mécanismes qui conduisent à l’homophobie et à la transphobie sont les mêmes que ceux qui sont à l’origine des autres discriminations.

Nous restons fortement mobilisé.e.s contre celles et ceux qui préfèrent promettre de revenir sur les droits et les libertés des personnes LGBT plutôt que de combattre avec détermination l’homophobie et la transphobie. À leur égard, notre fermeté n’aura d’égal que leur indulgence coupable.

À ces promesses qui divisent, nous préférons les engagements qui rassemblent. Le combat que nous menons contre les LGBTphobies n’est pas un combat isolé. C’est un combat contre toutes les formes de discrimination, notamment le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, les actes antimusulmans, antichrétiens, un combat pour plus de tolérance et de respect, pour une société plus inclusive, pour plus d’égalité et de fraternité.

Face à ces dangers, l’engagement et l’action sont les meilleures des réponses, car comme le disait Harvey Milk: «L’espoir ne sera jamais silencieux».

Yohann Roszéwitch, président de SOS homophobie

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