Samedi soir à minuit, les festivaliers ont pu découvrir un documentaire choc sur la tristement disparue Amy Winehouse, sobrement intitulé Amy d’Asif Kapadia.

Icône de la soul fauchée en pleine gloire, ce film composé notamment d’images d’archives inédites permet de comprendre les souffrances de l’inoubliable interprète de Rehab et les démons qui la rongeaient de l’intérieur. Frontal et cru, le film n’épargne rien des détails sordides de la descente aux enfers de celle qui connut une ascension aussi fulgurante que destructrice.

On reste abasourdis devant le drame inévitable qui se jouait devant les yeux du monde entier et auquel son entourage, comme les spectateurs assistent, impuissants. Mais c’est avant tout une grande histoire d’amour contrariée, celle qu’elle vécut avec son mari, le controversé Blake Fielder-Civil, accusé par beaucoup d’être le responsable de sa consommation de drogue incontrôlable. Par amour elle renonce à tout, à sa carrière bien sûr, mais aussi à elle même en tant qu’individu, perdue derrière son personnage. On en vient à se demander comme ce génie musical dont l’instinct mélodique n’a d’égal que la puissance vocale a pu se retrouver sur cette scène de Belgrade, mutique, incapable de chanter car trop camée, trop paumée, trop contrariée car contrainte par un entourage avide d’exploiter la poule aux œufs d’or. Elle se suicide artistiquement ce jour là et sera retrouvée morte quelques semaines plus tard.

SŒURS DE CINÉMA
On trouve un écho étrange en découvrant dans la foulée le nouveau film très attendu de Maiwenn : Mon Roi avec Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot (réalisatrice du très beau film d’ouverture La Tête Haute). Là aussi il est question d’un amour passionnel, dévorant, emprisonnant, et d’un homme qui, malgré lui, entrave la personne qu’il aime. Le film explore une exceptionnelle palette de sentiments, permettant aux deux comédiens délivrer une performance qui sent le prix d’interprétation.

On s’attarde sur le duo artistique passionnant formé par Emmanuelle Bercot et Maiwenn, véritables sœurs de cinéma, tantôt scénariste ou actrice chez l’une ou chez l’autre, elles semblent se compléter parfaitement.

DÉCEPTIONS
Deux réalisateurs ouvertement gay présentaient ce week-end leurs derniers films dans la compétition officielle et non des moindres puisqu’il s’agit des habitués Gus Van Sant et Todd Haynes.

Le moins qu’on puisse dire c’est que l’accueil qui fut réservé à La Forêt des Songes, réalisé par le premier, fut glacial, puisque le film a été hué à chaque séance. Côté presse c’est la consternation, et côté public c’est l’incompréhension. Comment le lauréat de la Palme d’Or pour Elephant a-t-il pu rater à ce point son coup ?

Il s’agit d’une parabole sur le rapport à la mort «bourrée de clichés» nous rapporte un festivalier.«Prévisible, lourd, vain et ennuyeux» sont des adjectifs qui reviennent régulièrement.

Pour Todd Haynes, ce n’est pas la curée, mais de l’avis général on s’ennuie poliment devant ce mélodrame lesbien (trop) sage, parfaitement filmé, aux actrice épatantes mais qui ne décolle jamais vraiment.

Nul doute toutefois que le film fera sensation dans la communauté LGBT, car il est encore trop rare de voir un film aussi exposé mettre en scène une histoire d’amour entre deux femmes, porté par la toujours surprenante Cate Blanchett.