Les audiences de plaidoirie dans l’affaire qui oppose le maire d’Hénin-Beaumont Steeve Briois (photo) à l’auteur Octave Nitkowski se tenaient ce matin au tribunal de grande instance de Paris. L’élu du Front National souhaite voir la justice condamner Octave Nitkowski pour avoir évoqué son homosexualité dans son livre Le Front national des villes & le Front national des champs. Il demande 30000 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée.

Jointe par Yagg, Léa Forestier, l’avocate d’Octave Nitkowski, est revenue sur les plaidoiries et les arguments avancés l’avocat de Steeve Briois: «Il a affirmé que l’évocation de l’orientation sexuelle de son client était un moyen de jeter le discrédit sur un candidat. Il a aussi parlé de tabou. J’ai donc expliqué que de tels propos montrent finalement toute l’homophobie de la société.» Léa Forestier maintient que jamais aucun politique n’irait porter une affaire en justice si l’on mentionnait son hétérosexualité et dénonce cette hypocrisie. «J’ai conclu en posant une question ouverte: l’orientation sexuelle fait-elle partie de la vie privée?». Pour l’avocate, il n’y a pas lieu de demander des dommages et intérêts à son client: «Puisque le droit du public à être informé de l’homosexualité de M. Steeve Briois prime sur toutes les autres considérations tenant au respect de sa vie privée, il n’y a aucune atteinte susceptible d’ouvrir droit à quelque indemnisation que ce soit au profit du demandeur, a-t-elle plaidé dans ses conclusions présentées ce matin. En d’autres termes, puisque le droit du public à être informé de l’homosexualité de M. Steeve Briois prime sur le droit au respect de ce pan de sa vie privée, il prime également sur le droit à réparation.»

«ACHARNEMENT»
Alors que la cour d’appel de Paris a considéré que le public est en droit de connaître l’homosexualité d’un responsable politique lorsque cette information est «de nature à apporter une contribution à un débat d’intérêt général», l’affaire n’est pourtant pas terminée. Steeve Briois avait en effet demandé l’interdiction du livre d’Octave Nitkowski publié aux éditions Jacob-Duvernet. «On s’étonne de cet acharnement judiciaire, déplore Léa Forestier, alors que la cour d’appel a affirmé en décembre 2013 que l’information de l’homosexualité d’un responsable politique “prime sur le droit au respect de ce pan de sa vie privée”.» L’avocate juge aussi surprenant que l’élu frontiste n’ait pas les mêmes égards avec les sites d’extrême droite qui ont mentionné son homosexualité bien avant l’essai d’Octave Nitkowski, par exemple www.la-flamme.fr avec un article intitulé «Le poids de la triade» publié le 21 novembre 2011. «Enfin, on s’étonne qu’il ne se soit jamais caché d’être en couple avec un homme à Hénin-Beaumont», conclut-elle. En effet, l’avocate a recueilli bon nombre d’attestations signées par des habitant.e.s d’Hénin-Beaumont. Chacun.e certifie personnellement avoir su que Steeve Briois était homosexuel bien avant la parution du livre d’Octave Nitkowski. «Nous considérons que c’est un manque de courage, affirme Léa Forestier. Steeve Briois a fait son coming-out dans la vie privée mais pas dans sa vie politique, comme si les deux étaient complètement dissociées.»

La décision sera rendue le 8 juillet prochain.