Joan Charras SanchoL’Église protestante unie de France vient de voter, avec une majorité réjouissante (94 votes pour et 3 contre), la possibilité pour les couples mariés de même sexe d’être bénis dans l’un des temples de cette Église par l’un.e de ses pasteur.e.s.

Cette décision ne répond pas exactement à l’air du temps, comme les plus conservateurs/trices parmi les chrétien.ne.s le prétendent. Elle s’inscrit dans une démarche qui date de 1999, avec un synode sur «les gestes qui parlent» (dont la bénédiction), et elle se conclut, après 18 mois de débat et de consultation dans les 500 paroisses qui la composent, par cette possibilité qui n’est ni un droit, ni un devoir.

Entendons-nous bien: aucun.e pasteur.e n’y sera forcé.e et on compte toujours sur la flexibilité des couples de même sexe pour s’adapter à la possibilité qu’un.e pasteur.e s’y refuse, et préfère déléguer cet acte à un.e collègue plus inclusif/ve.

Depuis hier, les commentaires haineux se succèdent sans relâche, venant le plus souvent de protestant.e.s issus d’autres courants, qui s’empressent dès à présent de clamer haut et fort qu’ils ou elles n’ont rien à voir avec cette Église qui prétend, selon eux/elles, «marier des pécheurs».

Face à tant de confusion, deux points fondamentaux de théologie protestante s’imposent.

Tout d’abord, nos pasteur.e.s ne marient pas, ils et elles disent une parole de bénédiction sur le projet d’un couple préalablement marié à la mairie. Cette parole rajoute une profondeur spirituelle dont certain.es d’entre nous ont besoin pour vivre harmonieusement; en tant qu’hétéro je l’ai reçue avec beaucoup de joie et ne peux ni ne veux en priver d’autres couples.

Ensuite, selon la Bible, personne n’est parfait et c’est un signe d’orgueil que de traiter les autres de pécheurs. Croire que les hétérosexuel.le.s, tou.te.s chrétien.ne.s et lecteurs/trices de la Bible qu’ils ou elles soient, sont plus justifié.e.s devant Dieu que les autres, c’est probablement le summum de l’orgueil. Comme le disait si bien Jésus: «ôte la poutre de ton œil plutôt que de vouloir enlever la paille dans celle de ton voisin».

Il nous reste à prendre courage et à bénir cette Église qui a enfin compris que l’être humain grandit et se nourrit d’amour inconditionnel, quels que soient son orientation sexuelle, son genre et ses choix de vie.

Joan Charras Sancho

Joan Charras Sancho est une théologienne protestante, membre de l’Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal). Mère de trois enfants et femme de pasteur, elle travaille pour une association caritative. Engagée depuis cinq ans dans le Carrefour de Chrétiens Inclusifs, elle anime des temps de prière inclusifs en Alsace.