Hervé Guibert a marqué son époque car il fut l’un des tous premiers à parler du sida, de son sida, à visage découvert. Sa mort, en décembre 1991, a suivi de très près sa notoriété soudaine due au très grand succès d’À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, publié un an auparavant et dans lequel Guibert témoigne de sa maladie et décrit aussi l’agonie du philosophe Michel Foucault, lui aussi mort du sida.

Tout le livre de Frédéric Andrau tend d’ailleurs vers les dernières années de la vie d’Hervé Guibert et le biographe veut tout expliquer par ce qu’il est advenu de Guibert atteint du sida: ses thèmes de prédilection comme la déchéance physique, son attirance pour la mort, ses photos, son goût pour une certaine provocation, ses écrits. C’est sans doute un peu plus complexe que cela.

Frédéric Andrau a parlé avec de très nombreux proches de Guibert et principalement sa femme. Il s’était mariée avec Christine pour que son œuvre ne soit pas maltraitée après sa mort. Au passage, on ne sait pas ce que Guibert, ouvertement homosexuel, aurait pensé du mariage pour tous, lui qui avait épousé la compagne de son amant. Les nombreux témoignages qu’Andrau a recueilli lui permettent de dessiner un portrait détaillé, fourmillant d’anecdotes, de l’écrivain, du photographe et de l’homme.

Hervé Guibert ou les morsures du destin, Frédéric Andrau, Séguier, 337 p., 22€.

Cette critique est extraite des Lectures de Yagg du 15 mai:Les Lectures de Yagg: «Anna Madrigal», «Richie», «Fairyland», «Ladies’ Taste»…