[mise à jour, 16h38] Ajout de la déclaration de Corinne Narassiguin.

L’association SOS homophobie présente ce matin son rapport annuel sur les LGBT-phobies. Celui de l’année dernière avait fait état de chiffres sans précédent: 3517 témoignages avaient été recensés par l’association en 2013, une année record marquée par les débats sur le mariage pour tous, théâtre d’une libération de la parole homophobe. Pour l’année 2014, SOS homophobie a récolté 2197 témoignages, soit une baisse de 38 % par rapport à l’année précédente. Un signal positif? Pas vraiment car les chiffres de 2014 restent largement supérieurs à ceux des années antérieures à 2013.

«Cette baisse est à relativiser, confirme Yohann Roszéwitch à Yagg. Elle fait suite à une hausse exceptionnelle de 80%. Nous avons donc comparé les chiffres de 2014 à ceux de 2011, qui est la dernière année hors contexte mariage pour tous. Au final, on assiste tout de même à une hausse de 41%. On peut dire maintenant que l’homophobie est installée et ancrée dans la société française.»

 

graphique extrait rapport sos homophobie 2015

«La hausse du nombre de témoignages doit tout de même être relativisée par la meilleure visibilité de notre association et de ses actions au cours des dernières années», indique malgré tout SOS homophobie dans les premières pages du rapport. Campagnes et partenariats ont effet permis à SOS homophobie d’être plus présente et de sensibiliser autour de la nécessité de dénoncer les violences et les discriminations auprès de certains publics.

L’HOMOPHOBIE DU QUOTIDIEN GAGNE DU TERRAIN
En 2014, tout comme les années précédentes, Internet arrive largement en tête des contextes où se produisent les LGBT-phobies avec 40% des cas relevés par SOS homophobie. «Internet agit comme une caisse de résonance de la société, elle amplifie l’homophobie qui y règne, explique Yohann Roszéwitch. À cela s’ajoute l’anonymat sur les réseaux sociaux qui donne un sentiment d’impunité et l’ignorance le plus souvent que des propos homophobes sur Twitter peuvent être pénalement répréhensibles.» Viennent ensuite les lieux publics (11%), la famille et l’entourage proche (10%) et le travail (8%). «Les contextes du quotidien correspondent au total à 45% des témoignages que nous recevons, indique le président de SOS homophobie. Cette année, ils sont soit en augmentation, soit en légère baisse, alors que les contextes liés au débat sur le mariage pour tous sont nettement en baisse, Internet, mais aussi les religions et la politique. Ce qui est inquiétant, c’est que les contextes du quotidien touchent beaucoup les jeunes, qui dans leur environnement familial, dans leur école, sont victimes d’insultes, voire de harcèlement.»

manifestations lgbtphobies 2015 rapport sos homophobie

En 2014, 163 agressions physiques ont été rapportées à l’association. Là encore, les contextes sont particulièrement préoccupants: «La moitié sont commises par des proches ou des personnes connues», commente le président de SOS homophobie. Si ces violences concernent majoritairement les gays, les lesbiennes sont surreprésentées dans les contextes de la famille et du milieu scolaire, où s’exercent encore des pressions liées aux stéréotypes de genre qui entraînent des propos ou des comportements lesbophobes. «Nous avons peu de témoignages de personnes trans’, déplore Yohann Roszéwitch, mais parmi ceux dont nous disposons, 30% sont des discriminations liées au fait que les papiers d’identité ne correspondent pas au genre des personnes dans des situations du quotidien. Cela montre une nouvelle fois la véritable urgence, la véritable priorité qu’il y a à légiférer pour faciliter le changement d’état civil.» Enfin, les cas de biphobie sont en grande partie assimilés à de la gayphobie ou de la lesbophobie, même si, comme le constate le président de SOS homophobie, il existe aussi une biphobie venant des gays et des lesbiennes qui ne reconnaissent pas la bisexualité comme une orientation sexuelle à part entière.

APRÈS LE MARIAGE POUR TOUS, ENCORE BEAUCOUP D’INÉGALITÉS
Dans l’édito qui introduit ce nouveau rapport, Yohann Roszéwitch ne manque pas de rappeler d’autres discriminations qui sont, elles, institutionnalisées, preuve que malgré l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, de nombreuses inégalités demeurent pour les personnes LGBT: «Ces derniers mois, les pouvoirs publics ont également entretenu l’homophobie et la transphobie. Qu’il s’agisse du refus de donner accès à la PMA à toutes les femmes, des hésitations sur l’ouverture du don de sang aux hommes gays et bisexuels, de l’incapacité à légiférer sur la simplification du changement d’état civil des personnes trans’ ou encore de l’absence de politique de lutte contre les LGBT-phobies à l’école, cette inaction et ces reculades alimentent les LGBT-phobies. En niant l’Égalité des droits et les libertés des personnes LGBT, les pouvoirs publics justifient la hiérarchisation des personnes selon leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre.»

«Le rapport de SOS homophobie publié mardi montre que les actes homophobes ont reflué de 38% en 2014. De prime abord, on peut se féliciter que la démagogie réactionnaire qui a éclaté au grand jour lors des débats sur le mariage pour tous en 2012 et 2013 ait perdu de sa dynamique en 2014, remarque Corinne Narassiguin, porte-parole du Parti socialiste. Cependant, le rapport montre qu’au quotidien la haine et la violence homophobes se manifestent toujours autant, et sont en hausse de plus de 40% par rapport à 2011. C’est bien la preuve qu’en réalité, la libération de la parole homophobe dans le sillage de la “Manif pour tous” s’est en fait banalisée et a permis une légitimation politique et religieuse de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

«Nicolas Sarkozy vient encore de le confirmer en recevant des représentants de la “Manif pour tous” au sujet de l’abrogation de la loi mariage pour tous.
Face à l’installation durable de ce bloc réactionnaire qui défend une vision monolithique de la famille et des rapports hommes/femmes, il est indispensable de continuer le combat politique contre l’homophobie et le sexisme dans le cadre de la lutte contre toutes les discriminations: par l’enseignement du respect et des valeurs de la République à l’école, avec une meilleure régulation du Net, grâce à l’action de groupe dans le monde professionnel comme pour l’accès aux services publics, au logement ou aux loisirs, par le soutien aux associations.

«Après le vote du pacs, la gauche a cru que l’homophobie se déliterait d’elle-même dans l’acceptation par la société de l’existence juridique des couples homosexuels, souligne-t-elle. La virulence des débats sur le mariage pour tous et l’homoparentalité a montré que nous avions eu tort. Ne répétons pas cette erreur deux ans après le vote du mariage pour tous.»

Consulter le Rapport sur l’homophobie 2015.