Le ton est volontiers alarmiste. Dans un courrier adressé aux parlementaires, Sida Info Service décrit ce que l’association nomme comme les «ravages du slam» chez les gays. Le slam désigne la consommation de drogues par voie intraveineuse dans un contexte sexuel. Une pratique qui reste semble-t-il marginale mais qui peut entraîner des problèmes de santé et de désocialisation majeurs. Dans une tribune publiée le 3 avril dernier sur la page Facebook du 190, le centre de santé sexuelle, le Dr Michel Ohayon, son fondateur, expliquait que la mortalité chez les slameurs était de 6% par an. C’est son «coup de gueule» qui a conduit les responsables de SIS à s’adresser aux parlementaires.

TRÈS SOMBRE TABLEAU
Dans le courrier envoyé aux parlementaires, le président de SIS, Gérard Desborde, et son directeur général, Patrice Gaudineau, évoquent les phénomènes de «paranoïa, d’automutilations, de défenestrations, de mort par overdose», associés à la pratique du slam. Un très sombre tableau. Toujours selon cette lettre, la consultation d’addictologie du 190 est aujourd’hui saturée. Sans les nommer, SIS explique que «certaines applis de rencontre gay simplifient l’accessibilité aux drogues». Les produits les plus fréquemment utilisés lors des injections (cathinones) sont peu coûteux et peuvent être commandés sur internet et livrés à domicile.

«UN DÉNI QUASI ORGANISÉ»
Selon Michel Ohayon, il persiste un «déni quasi organisé» dans la communauté gay. Pourtant, dès 2012, plusieurs associations s’étaient penchées sur le phénomène. Il en était sorti la première enquête qualitative sur le slam (téléchargez le document en PDF) qui s’efforçait de décrire au mieux l’état des lieux d’une pratique qui reste marginale mais qui a de sérieuses conséquences médicales et psychosociales pour les usagers: risque de dépendance important, difficultés professionnelles, exposition aux Infections sexuellement transmissibles dont le VIH, et les hépatites B et C.

Dans le cadre des expérimentations des salles de consommation à moindre risque (SCMR) rendues possibles par la loi santé récemment votée, SIS demande que des moyens soient accordés au 190 (dont l’association est à l’initiative), pour «contrer ce phénomène, en tout cas accompagner au mieux les personnes qui en sont victimes». L’appel sera-t-il entendu?

Lire aussi le témoignage d’un gay «slameur» publié en mars 2012 sur le blog Gay, ma santé!