– Vous avez l’air surpris?
– Intéressés.
– C’est drôle, toutes ces filles, pour nous.
Un couple de gays retraités – on aurait dit les deux petits vieux du Muppets Show en plus joyeux – attablés dans le restaurant qui faisait face au Hilton, souriaient discrètement, amusés par les filles qui défilaient autour d’eux. Des grandes, des petites, des butchs, des lipsticks, des «ni l’une ni l’autre», des tatouées, avec des petits seins, des gros seins, des moyens seins. Des mariées ou pas, des blacks, latinas, blanches, asiatiques, des plus ou moins riches, des plus ou moins vieilles.

Une diversité hallucinante à tous les niveaux – styles, âges, origines – qui vous saute à la figure dès l’arrivée.

Bienvenue au Dinah Shore, la plus grande fête lesbienne du monde!

Rencontre avec Mona Elyafi, attachée de presse de l’événement depuis sept ans.

«Les lesbiennes dominent mais on a aussi un quelques gay guys et quelques filles hétéros qui viennent. En général ils ou elles viennent avec leurs meilleures amies pour se relaxer. Il n’y a pas trop de pression ici. Chacun est libre de faire ce qu’il veut et d’être complètement soi-même. Et tout le monde est très très amical, il n’y a rien de menaçant, rien de stressant.»

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«Les filles viennent s’amuser, connecter. Elles viennent de tous les États-Unis et même de l’étranger. On a aussi énormément de gens qui viennent du centre du pays, et qui parfois pendant toute l’année doivent vivre dans le placard, et doivent peut-être même s’habiller d’une certaine façon qui ne représente pas forcément ce qu’elles sont vraiment. Elles arrivent ici et elles sont complètement libres d’être elles-mêmes. Ici personne ne juge, personne ne critique. Même si il y a les catégories Butch ou Lipstick par exemple, personne ne dira: “puisque t’es habillée comme ça, tu n’es pas vraiment lesbienne”. Ce serait plutôt: “ puisque tu es là, tu es lesbienne forcément”.»

UNE INVERTIE EN VAUT DEUX (VOIRE PLUS SI AFFINITÉS!)
Au Dinah, tu entres donc dans un monde magique qui dépasse la piscine du Hilton et envahit toute la ville. Cette petite ville au milieu du désert, réputée pour ses sources d’eau chaude, ses golfs, sa réserve indienne et sa population très gay (avis aux mecs), devient durant cinq jours une ville lesbienne.

«L’année dernière nous étions proche de 20 000… C’est quelque chose d’exceptionnel, faut le voir pour le croire. C’est LE TRUC QUE TU DOIS FAIRE SI TU ES LESBIENNE, un peu comme un rituel. Personnellement, ma relation avec le Dinah est assez particulière. J’étais sur le point de me faire opérer du dos. J’étais coincée de partout et pour me changer les idées, des amies m’ont dit, “viens on t’emmène au Dinah!” Je n’avais aucune idée de ce que c’était. Tu sais en grandissant en France, à Paris, à mon époque – j’ai 44 ans –, c’est pas que ce n’était pas accepté mais j’ai eu une éducation assez catho, non pas que j’allais à la messe tous les week-ends mais disons une éducation très conservatrice. Et donc je ne savais pas trop si j’étais gay ou pas. J’avais eu des relations avec pas mal de mecs et je ne comprenais pas pourquoi j’avais l’impression qu’il manquait toujours quelque chose. J’avais déjà eu une relation avec une femme quand on m’a emmenée au Dinah, mais je n’étais pas sûre, je me posais encore énormément de questions. J’avais énormément de doutes et de peurs. “Est-ce que ça va être accepté, comment vais-je en parler à ma famille, au reste de la société, ça va être dur…”. Et puis les filles m’ont emmenée ici.»

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«Quand j’ai vu toutes ces femmes tellement bien dans leur peau. Quand j’ai vu le nombre de femmes qui étaient là, je me suis dit, ok d’accord, donc tout va bien. Je ne suis pas la seule. Le Dinah, il faut en faire l’expérience et même si on est super bien dans sa peau, je vous garantis que c’est du jamais vu.»

Il faut aller sentir le soleil de Californie, te plonger dans la piscine d’eau salée de la pool party, danser avec une, deux, trois, dix… filles en même temps. Boire quelques Mojitos, se balader dans les rues de la ville et finir la nuit à la White ou à la Black party. Car le Dinah Shore, c’est aussi de la très très bonne musique.

LA MUSIQUE ADOUCIT LES MEUFS
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«Ce qui a vraiment lancé ce concept festival de musique, ce sont les Pussycat Dolls en 2006. En 2009 nous avons eu Lady Gaga et Katy Perry. L’année dernière, Iggy Azalea. Mariah Hanson, la créatrice du Dinah, arrive à trouver des artistes juste au moment où elles sont sur le point d’exploser. Elles viennent chanter au Dinah et quelques mois après, pfouu! J’espère que cette année ce sera Ivy Levan, elle a chanté mercredi soir après Christina Perri, fantastique! Elle a quelque chose de Vanessa Paradis, c’est vraiment pas mon style de femme mais là, ouah! Un charisme incroyable et la musique est super sympa donc… Mais c’est vrai que Mariah essaie de développer de plus plus le festival de musique du Dinah. La majorité des gens viennent quand même pour les pools parties mais les concerts, le soir, font maintenant une vraie différence.»

Ce qui est sûr, c’est que le Dinah Shore ce n’est pas simplement des lesbiennes en bikinis et de la très bonne musique. Ce sont quelques jours où tu as juste l’impression que tu es normale, que ta sexualité est normale. Que si tu as envie de parler de meufs canons et que ton trip c’est de faire couler de la bière entre les seins d’une fille avant de la boire, personne n’alertera la brigade féministe pour te seriner «qu’il ne faut pas reproduire les stéréotypes masculins». Tu as le droit de kiffer grave quand tu regardes une gogo danseuse, tu as le droit de mettre un billet dans sa culotte, tu as le droit de caresser les seins de ta copine en dansant et d’entrelacer tes jambes avec la voisine pour s’amuser à s’allumer. Être lesbienne, ce n’est pas être hétéro. Nous n’avons pas les mêmes codes, pas les mêmes problématiques, pas la même histoire et pas les mêmes visions des choses par la force des choses. Le Dinah, c’est pour une fois être libre de vivre et d’inventer sa vie de lesbienne. Merci Mariah.

LE GOLF DES LIONNES
Et pour les férues d’histoire, Mona vous explique rapidement les débuts du Dinah Shore: «Mariah Hanson a créé l’événement. Elle était “club promoter” à San Francisco. Elle était allée avec des amies au tournoi de golf à Palm Springs qui existe depuis très longtemps et qui s’appelle quelque chose comme le Dinah Shore Tournament. Quand elle a vu qu’il y avait déjà une forte communauté de lesbiennes qui venait pour le tournoi de golf, elle s’est dit, pourquoi on ne fait pas une soirée. Le premier Dinah Shore a été donc produit par Mariah. C’était juste une nuit au musée. Je crois que c’était le seul lieu qui avait accepté. Cette nuit-là, elles ont un peu mis le bazar et le musée n’a plus voulu les recevoir par la suite. Enormément de personnes étaient venues et de une nuit, c’est passé à cinq jours. Avec des hôtels réservés et des sponsors.»

Retrouvez plus de photos sur le compte Instagram de We are Les Filles. Et le reportage vidéo de Néole:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Dinah Shore 2015, 25ème anniversaire

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