NUITS BLANCHES SUR LA JETÉE
Chic, Paul Vecchiali est de retour! L’un des plus talentueux cinéastes français adapte une nouvelle de Dostoïevski, Nuits blanches. Un soir, dans un port, un homme rencontre une femme qui attend l’homme de sa vie. Quatre nuits durant, ils vont se retrouver là et échanger sur leurs vies, leurs espoirs. Elle, c’est Astrid Adverbe, lui c’est Pascal Cervo. Deux acteurs magnifiques. On ne peut s’empêcher de penser à ces rencontres mythiques du cinéma: Robert Taylor et Vivien Leigh dans Waterloo Bridge, Danielle Darrieux et Vittorio De Sica dans Madame De ou encore le mélodrame Elle et Lui, avec Cary Grant et Deborah Kerr. Vecchiali, né en 1930, a toujours été très inspiré par le cinéma classique, en particulier des années 30, et avoue sa passion pour Robert Bresson, Jean Grémillon et Max Ophüls. Mélange de réalisme et de références à ce grand cinéma classique, Nuits blanches sur la jetée est un film libre, farouchement original qui offre aux deux interprètes des rôles splendides dans de longs et beaux plans séquences. Qui aurait cru que l’audace viendrait d’un cinéaste de 80 ans? Mais avec Vecchiali, éternel trouble-fête, c’est le contraire qui nous aurait étonné. Christophe Martet


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Nuits blanches sur la jetée, de Paul Vecchiali, avec Astrid Adverbe et Pascal Cervo.

LES NUITS D’ÉTÉ
1959. La France est engagée en Algérie dans une guerre qui ne dit pas son nom. Michel et sa femme Hélène cachent eux aussi des secrets. Lui, respectable notaire messin, a tout du bourgeois bien rangé et sa femme se consacre à des œuvres caritatives et à l’éducation de son fils. Mais dès qu’il peut, Michel rejoint sa maison de campagne, où, avec d’autres hommes, il se travestit en femme et s’invente une autre vie, celle de Mylène. Le film de Mario Fanfani (qui avait déjà réalisé pour Arte Une saison Sibélius en 2005) est audacieux et visuellement très réussi. Il a d’ailleurs reçu le Queer Lion à Venise. Sur le thème casse-gueule du travestissement, il offre un très beau rôle à Guillaume de Tonquédec (Renaud Lepic dans la série Fais pas ci, fais pas ça). Et Jeanne Balibar est toute aussi géniale quand elle défie l’assemblée lors d’une réunion du gratin de la ville et critique le patriotisme guerrier des participant.e.s. Les premières séquences laissent présager un film dérangeant. Mais au lieu de la radicalité qu’on espérait, Les Nuits d’été, par manque de rythme et à cause d’une certaine froideur, a du mal à nous émouvoir. CM


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Les Nuits d’été, de Mario Fanfani, avec Guillaume de Tonquédec, Jeanne Balibar…

THE IMITATION GAME
Qui était vraiment Alan Turing? Ce mathématicien de génie, qui cassa le code allemand Enigma, sauvant environ 14 millions de vie, était un visionnaire et ses travaux sont à l’origine de la conception de l’ordinateur personnel. Oui, Alan Turing est tout cela. Il était aussi homosexuel, ce qui explique sans doute pourquoi, pendant des décennies, il n’a pas été reconnu, hormis dans les milieux scientifiques, à sa juste valeur. Sa mort tragique (accident? suicide?), en 1954, à 41 ans, faisait suite à une condamnation pour homosexualité. Forcé de subir une castration chimique, ce grand homme, ce sauveur de l’humanité n’a été gracié qu’en décembre 2013 par la reine Elizabeth II.

The Imitation Game se concentre sur la période de la Seconde Guerre mondiale et le scénariste Graham Moore présente un être imbus de lui-même, fermé aux autres et plutôt désagréable. Son homosexualité est présentée comme un lourd secret: dans The Imitation Game, on ne voit jamais Alan Turing dans des scènes d’intimité avec un autre homme. Mais d’autres adaptations le présentaient au contraire comme un homo sinon flamboyant (une gageure dans un pays qui a condamné en un siècle près de 50000 personnes pour outrage aux mœurs) mais quelqu’un qui ne s’en cachait pas non plus et qui ne s’en excusait pas. The Imitation Game est un biopic haut de gamme, en grande partie grâce à la performance de Benedict Cumberbatch, en route vers l’Oscar. Ponctué par les étapes du déchiffrement du code nazi (on estime que la guerre a pu être réduite de deux ans grâce à Alan Turing), The Imitation Game possède toutes les qualités d’un film d’action même si la vérité historique est parfois malmenée (lire à ce sujet la tribune d’Alex von Tuzelmann dans The Guardian). Mais il faut rendre justice aux créateurs de cette fiction, qui va permettre au grand public de prendre conscience de tout ce que le monde doit à ce héros gay. CM


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The Imitation Game, de Morten Tyldum, avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley…

TOUTE PREMIÈRE FOIS
Il faut s’installer dans son fauteuil et se dire qu’on est en pleine utopie. Ou dans une fable. L’idée de départ de Toute première fois ressemble à un défi d’étudiants potaches: et si un gay de 35 ans tombait amoureux… d’une femme? Au point d’envoyer balader le mariage programmé avec son compagnon et de provoquer un drame familial, car ses parents ne souhaitent pas du tout que leur fils fasse comme «tous les bourgeois». «Mais tu est pédé, mon fils!», lui lance sa mère lorsqu’il lui annonce, dans un coming-out inversé, qu’il est tombé amoureux d’une jolie Suédoise rencontrée dans une soirée. C’est une comédie, avec ses gags, ses traits d’humour, ses retournements de situation. C’est l’humour «Connasse», cher à Noémie Saglio, l’une des réalisatrices avec Maxime Govare, ça ne tient pas toujours la distance, mais après les moments pénibles vécus lors de débats sur le mariage pour tous, cette farce gentiment transgressive, qui se conclut sur le mariage de deux hommes (le premier au cinéma depuis le vote de la loi), se laisse regarder sans déplaisir. CM


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Toute première fois, de Noémie Saglio et Maxime Govare, avec Pio Marmaï, Franck Gastambide, Camille Cottin, Adrianna Graziel…

INTO THE WOODS
La plupart des adaptations cinématographiques de comédies musicales s’échoue sur l’un de ces deux écueils, quand ce ne sont pas les deux en même temps: un scénario tellement remanié par rapport au livret initial que l’œuvre s’en retrouve appauvrie, quand ce n’est pas trahie d’une part; un casting d’acteurs et d’actrices de cinéma qui ne savent pas vraiment voire pas du tout chanter d’autre part. Les amateurs de comédies musicales qui connaissent déjà la version scénique d’Into the Woods, signée James Lapine et Stephen Sondheim, auront le plaisir de constater que le film de Rob Marshall,  à qui l’on doit déjà des des adaptations plus ou moins réussies (Chicago, Nine), navigue aisément entre ces écueils.

Pour ce qui est du scénario, la production de Disney pouvait laisser craindre une atténuation du propos. Into the Woods reprend certes la trame de plusieurs contes de fées, mais y ajoute une dimension adulte, profonde qu’on a rarement vue dans les autres films de la maison. Fort heureusement, Marshall a joué  la meilleure carte possible: c’est l’auteur du livret initial, James Lapine, qui s’y est collé. Résultat: les quelques coupes inévitables dans l’histoire (la version scénique fait 2h45) sont plutôt cohérentes et n’endommagent pas la compréhension de l’œuvre. Côté casting, on se réjouissait d’avance de voir Meryl Streep dans le rôle de la sorcière, qui n’est pas le rôle principal mais le rôle le plus emblématique. Toutefois, jusqu’ici Meryl n’avait pas impressionné par ses qualités vocales (entendues notamment dans Mamma Mia). A-t-elle pris des cours? Ou cachait-elle bien son jeu? Toujours est-il que l’actrice livre une prestation vocalement puissante, à laquelle elle apporte ses légendaires qualités de jeu.

Au final cette œuvre sur l’entraide au sein d’une communauté (la subliment chanson No one is alone) et sur la transmission parents enfants (Children will Listen) ravira sans aucun doute les amateurs exigeants de comédie musicale. Espérons qu’elle permettra aux autres de découvrir l’univers du compositeur Stephen Sondheim, le maître incontesté du genre outre-Atlantique. La partition d’Into the Woods n’est pas forcément sa plus connue ou sa plus spectaculaire, mais musique comme paroles sont d’une richesse et d’une intelligence peu communes. Cette promenade dans les bois ne vous laissera pas indemne. Xavier Héraud


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Into The Woods, de Rob Marshall, avec Meryl streep, James Corden, Emily Blunt…