La visibilité fait partie des thèmes récurrents abordé par le film Pride: dans ce film qui s’appuie sur l’histoire vraie de militant.e.s gays et lesbiennes venu.e.s en aide aux mineurs britanniques pendant la grève de 1984-1985, les protagonistes insistent régulièrement sur la nécessité de ne pas cacher leur orientation sexuelle et d’assumer leur différence. Par conséquent, la suppression des mentions «gays et lesbiennes» de la jaquette du DVD sur l’édition américaine a fait polémique. En France, aucun problème de ce côté-là, a-t-on pu constater sur le DVD sorti le 21 janvier. Mais le film lauréat de la Queer Palm 2014 ne signale pas qu’il a reçu ce prix et met en avant sa sélection au sein de la Quinzaine des réalisateurs.

«UNE JAQUETTE TRÈS BROUILLONNE»
«On est obligé de faire apparaître le logo de la Quinzaine lorsque l’on fait partie de la sélection, c’est une obligation contractuelle, précise Franck Finance-Madureira, directeur de la Queer Palm. Pour la Queer Palm, il n’y a pas de clause, nous laissons aux distributeurs une libre appréciation, c’est un peu leur pré carré. Mais ça a plutôt bien réussi à L’inconnu du lac et à Beauty qui ont joué le jeu jusqu’au bout. Le fait est que quand on ne montre pas quelque chose, on le cache.»

Le distributeur de Pride en France, Pathé, aurait-il cherché à taire la dimension LGBT de ce film? «Il n’y a évidemment pas de volonté de la part de Pathé de passer sous silence le thème du film, assure l’entreprise sollicitée par Yagg. D’ailleurs, le logo [de la Queer Palm] était présent sur l’affiche lors de la sortie salle, et nous avons également relayé l’information de la Queer Palm dans nos communiqués de presse. Il est vrai que nous avons un petit peu épuré notre jaquette DVD qui était très brouillonne, et n’avons pas mentionné la Queer Palm, au même titre que les trois prix prestigieux reçus aux British Independent Film Awards.»

Ces trois prix ont été remis début décembre 2014. La Queer Palm a quant à elle été décernée en mai 2014.

QUI A HONTE DE LA QUEER PALM?
Franck Finance-Madureira veut quant à lui croire que le distributeur n’a pas délibérément voulu atténuer le message de visibilité mis en avant dans le film. «Il y a eu une distribution de flyers, de badges et de t-shirts pendant la Marche des fiertés en juin, et même si c’est un peu décevant qu’ils n’aient pas fait apparaître le prix, je comprends qu’ils n’en aient pas eu la possibilité», concède-t-il.

Après les propos très durs de Xavier Dolan contre l’existence même de la Queer Palm – le réalisateur québecois a jugé cette récompense «ghettoïsante» –, ce prix ferait-il honte lorsqu’il est question de communiquer hors de la sphère LGBT? Sans pointer du doigt Pathé, Franck Finance-Madureira reconnaît que «des distributeurs sont plus enclins que d’autres à mettre en avant la Queer Palm». Lui regrette que certain.e.s voient là un prix «limitatif», qui fermerait des portes aux films lauréats: «Le message qu’on adresse aux hétéros, c’est que si vous ne devez voir qu’un film à thématique LGBT ou queer par an, prenez celui-là», argumente le président de la Queer Palm.