Quand elle était adolescente, Morgana Bailey était une jeune fille sociable, spontanée et anticonformiste. Et puis tout a changé, lors d’un séjour universitaire à Londres: «Le moment où j’ai compris que j’étais différente a été le moment où j’ai commencé à m’adapter et à me cacher, a raconté cette Américaine lors d’une conférence TED dans la capitale britannique en novembre 2014. Se cacher devient progressivement une habitude et une fois qu’on a commencé, cela devient de plus en plus dur de faire un pas en avant pour parler. Même aujourd’hui, quand j’ai dit à des gens le sujet de ma conférence, j’ai inventé quelque chose.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Morgana Bailey: The danger of hiding who you are

C’est avec une certaine émotion que cette femme est revenue à Londres pour cesser enfin de se taire et dire haut et fort ce qu’elle a tu pendant 16 ans:

«Je suis lesbienne. J’ai eu du mal à dire ces mots, parce que je ne voulais pas qu’ils me définissent.»

«À chaque fois que j’ai pensé au coming-out, je me suis dit “je veux être Morgana”. Juste Morgana. Pas “mon amie lesbienne Morgana”. Ou “ma collègue homo Morgana”.» Elle cite une étude montrant des chiffres alarmants sur la situation des personnes homos ou bies sur leur lieu de travail: 83% affirment changer quelque chose chez elles pour ne pas se faire remarquer.

Mais c’est un autre chiffre qui va servir d’électrochoc à Morgana Bailey: d’après un article de The Advocate, les LGBT qui vivent dans des environnements hostiles perdent 12 ans d’espérance de vie en comparaison avec ceux et celles qui évoluent auprès de personnes qui les soutiennent. «J’ai compris que je ne pouvais pas me permettre de me taire. Le stress personnel et la pression sociale forment une combinaison mortelle. (…) Ce que je prenais pour une affaire personnelle avait un effet de contagion. Choisir de me cacher et de ne pas montrer qui je suis vraiment me faisait contribuer par inadvertance à cette atmosphère de discrimination. J’ai essayé de me dire: “Il n’y a pas de raisons de dire que je suis homo”, mais l’idée que mon silence avait des conséquences sociales m’a vraiment motivée quand j’ai raté une chance de changer ce climat de discrimination dans mon État au Kansas.»

Car c’est dans cet État qu’une loi protégeant les libertés religieuses au détriment des personnes LGBT a été votée en février 2014. «Une ancienne collègue et amie a un père qui est à la Chambre des Représentants. Il a voté pour cette loi. Pour une loi qui autoriserait les entreprises à ne pas me servir.»

«Que pense mon amie des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des personnes trans’, queer, ou en questionnement? Qu’en pense son père? Je n’en sais rien. Parce que je n’ai jamais été honnête sur qui je suis. Et cela m’a ébranlée. Et si je leur avais raconté mon histoires des années plus tôt?»

Morgana Bailey ne peut s’empêcher de trouver tristement ironique qu’en tant que responsable des ressources humaines, elle n’ait jamais été capable d’œuvrer pour plus de diversité. Et alors même qu’elle sait que son entreprise actuelle protège les employé.e.s LGBT, elle regrette de n’avoir toujours pas été capable de faire son coming-out. «J’ai fait le choix aujourd’hui de révéler une part de qui je suis que j’ai cachée pendant trop longtemps. J’espère que cela signifie que je n’aurai plus jamais à me cacher et j’espère qu’en faisant mon coming-out aujourd’hui, je peux faire quelque chose pour changer les données, et pour que d’autres qui se sentent différent.e.s puissent être eux/elles-mêmes, et comblé.e.s dans leur vie personnelle et professionnelle.»

Via SheWired.