Alors que le parti de la gauche radicale Syriza est donné en tête par les sondages des élections législatives dimanche 25 janvier, la communauté LGBT grecque a pu assister, à une dizaine de jours du scrutin, à un étonnant rétropédalage de son président Alexis Tsipras (photo) sur la question de la reconnaissance des familles homoparentales. «C’est un sujet difficile qui requiert le dialogue, a-t-il répondu lors d’une session de questions-réponses sur Twitter. Il y a des contradictions dans la communauté scientifique sur cela et nous ne l’inclurons pas à notre programme politique.»

Une prudence d’autant plus inattendue qu’elle est en totale contradiction avec les précédentes prises de position du leader politique et de son parti, qui soutient depuis plusieurs années la Gay Pride d’Athènes. Depuis 2012, lors des dernières élections législatives, Syriza n’a pas hésité à affirmer sa volonté de faire progresser les droits des minorités sexuelles: «C’est le seul parti parlementaire qui soutienne le droit au mariage pour les couples de même sexe, avec les mêmes droits que les couples de sexe opposé (alors que tous les autres partis ne soutiennent même pas le partenariat civil), affirmait alors Panagiotis Pantos, représentant du parti à Nouvelle-Smyrne, en banlieue d’Athènes. En fait Syriza (grâce aux journaux et à la radio affiliés) a joué un rôle crucial dans l’organisation des premiers mariage de couples de même sexe militants en Grèce en 2008. Durant ces dernières années, Syriza a aussi commencé à travailler plus étroitement avec l’association grecque de soutien aux personnes trans’, en soutenant leurs conférences et en portant leurs demandes au Parlement.»

Mais inutile de remonter plusieurs années en arrière pour trouver des traces de l’engagement de Syriza aux côtés des LGBT. En mai 2014, là encore dans un échange avec des militant.e.s, Alexis Tsipras avait fait part de la détermination de son parti sans aucune ambiguité: «Syriza est engagé à atteindre l’égalité des droits pour tous les citoyens quel que soit leur genre ou leur orientation sexuelle. Nous avons toujours soutenu le mouvement LGBTQ dans ses efforts. Pour commencer, immédiatement, un gouvernement Syriza légiférera sur l’extension du pacte de vie commune pour couvrir tous les couples quel que soit leur genre. Il renforcera aussi les lois existantes contre les discours de haine et la discrimination. Nous respectons l’Église grecque orthodoxe, mais nous ne pensons pas qu’elle doive avoir une voix décisive sur des questions de politique publique et de loi sur la famille. Nous devons convaincre jusqu’au plus conservateur de nos compatriotes qu’il s’agit d’une question de démocratie et de droits humains, avant tout chose.»

La Fédération des Jeunes Verts Européens (FYEG) a réagi à la surprenante et décevante déclaration d’Alexis Tsipras, rappelant que la changement social de la Grèce ne devra pas passer que par des mesures économiques et politiques, mais aussi par des évolutions d’ordre sociétal: «Le Parti Vert a rejoint récemment Syriza pour la campagne électorale. Nous espérons que cela permettra à une perspective et à des priorités écologistes de compléter les lignes plus “traditionnelles” de Syriza, et à aider à créer une société plus juste et plus durable.» Le co-porte parole de la Fédération, Michael Bloss, voit dans ce revirement des fins électoralistes: «Tsipras a récemment expliqué qu’il n’est pas en faveur du droit à l’adoption pour les couples de même sexe, citant des raisons “scientifiques”. Un changement réellement progressiste est inclusif envers tout le monde, y compris les couples de même sexe: Tsipras ne doit pas céder les droits de ces couples pour obtenir plus de voix. Nos attentes sont élevées pour une politique de changement en Grèce, et cela devrait inclure la construction d’une société fondée sur l’égalité.»

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