Depuis 20 ans et sa destitution, Mgr Jacques Gaillot est à la tête d’un évêché fantôme, celui de Parténia. Mais il n’a rien perdu de sa volonté d’aider les exclu.e.s, rapporte Le Parisien, et préside l’association Droits devant, soutient Droit au logement, s’investit dans les prisons.

«Cet été, j’ai béni un couple homosexuel, raconte l’ancien évêque d’Évreux, et aussi, dans un grand jardin, un couple de divorcés remariés n’ayant pas trouvé de prêtre qui accepte. Je suis proche des gens du dehors, ceux pour qui l’Église est loin.»

«Il faut que l’Église accompagne les mouvements de société, poursuit-il. Là, elle essaie de prendre le train en marche. Elle est trop conservatrice, il ne s’y passe pas grand-chose. Sur les homosexuels, son regard officiel n’a pas évolué. Concernant le mariage pour tous pour lequel j’ai manifesté, elle a freiné des quatre fers. C’est pourtant un événement majeur. On voit bien qu’il n’a rien enlevé, que ce n’est pas une menace pour les familles. Quand la société évolue, l’Église est obligée d’évoluer. Si elle ne le fait pas, elle disparaîtra.»

Et cette évolution passera peut-être par le pape François, que Mgr Gaillot considère comme «un cadeau pour le monde et pour l’Église». «J’ai entendu chez lui des choses que je n’avais jamais imaginées de la part d’un pape, se réjouit le religieux. Quand il dit à propos des gays “mais qui suis-je pour juger?”, je trouve ça formidable. (…) Ce n’est pas facile pour lui face à tous ces conservatismes. Il est un peu isolé.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Mgr Gaillot : sa déclaration d’amour au Pape François

Pour montrer au pape qu’il n’est pas si seul que cela, Jacques Gaillot lui a envoyé une lettre en novembre dernier. «Nous sommes nombreux à vouloir vous dire notre soutien et notre reconnaissance pour tous les efforts que vous faites afin que l’Église catholique rencontre son temps, y écrit-il. Vous ne ménagez pas votre peine pour ouvrir des portes aux familles de nos sociétés modernes: familles divorcées, sans enfants, monoparentales, recomposées, de même sexe…»

«Le texte adopté à la fin du synode d’octobre 2014 nous est apparu décevant et en retrait, poursuit-il. Surtout par rapport aux propositions d’ouverture qui avaient été faites aux divorcés remariés et aux homosexuels.Ce texte donne l’impression que l’on reste enfermé dans un système. (…) Le rôle de l’Eglise est d’accompagner, de soulager, d’encourager et non pas d’imposer des fardeaux que nous-mêmes, ses responsables, ne portons pas. Il semble tellement plus évangélique d’accueillir les personnes telles qu’elles sont et non pas telles qu’elles devraient être!

«C’est l’honneur de l’Église que des chrétiens, des prêtres aient depuis longtemps ouverts des portes. Ils ne sont pas partis des principes mais des couples qui de fait, sont exclus du sacrement et de la communion avec les autres chrétiens. Ils reconnaissent avec bienveillance l’amour qui est vécu chez des couples hors normes. Ils ne se réfugient pas dans la doctrine en tenant un discours normatif, mais ils se mettent à l’écoute et portent un regard positif sur ces nouvelles formes de familles dont la vie au quotidien n’est souvent pas facile. Le mariage civil est reconnu positivement. Des divorcés remariés sont accueillis et communient. Des responsabilités leur sont confiées. Des couples homosexuels sont reconnus et estimés. Leur mariage est béni. Et leurs enfants sont baptisés.

«Dans les périphéries de l’Église existe un climat de tolérance et de respect où les exclus sont les premiers invités à la table eucharistique.»