Sur plusieurs sites internet proches de l’État islamique, des photos présentant deux hommes jetés du haut d’un immeuble ont été publiées samedi 17 janvier. En légende, les mots suivants: «Cette exécution est une punition pour avoir commis le crime du peuple de Lot en les poussant depuis le sommet d’un grand immeuble». Ce que Daesh interprète comme le «crime du peuple de Lot» correspond en fait à l’homosexualité. Le mode opératoire des djihadistes n’a pas varié depuis les exécutions précédentes: le but recherché demeure de créer un spectacle fondé sur la terreur, comme l’expliquait à Yagg le spécialiste de l’islam politique Olivier Roy. Pour l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC) et l’association de défense des droits des femmes Madre, il convient de faire attention lorsque l’on évoque ces crimes afin de ne pas mettre en danger les personnes LGBT de la région.

«ENLEVER TOUTE CRÉDIBILITÉ À DES ADVERSAIRES»
Car les personnes présentées comme homosexuelles par Daesh ne le sont pas forcément. Compte tenu de la situation locale, il est très difficile d’obtenir des informations fiables sur l’orientation sexuelle des personnes exécutées, font valoir les deux organisations dans un communiqué. «Pour le moment, parler publiquement de ces hommes en tant que “gays” ne peut créer que des problèmes, préviennent-elles. Si ces hommes ne s’identifiaient pas comme homosexuels, cette allégation est incorrecte et rend plus obscures les motivations qui ont poussé l’État islamique à les présenter publiquement comme tels. Si ces hommes se considéraient effectivement comme des homosexuels,  il faut faire preuve d’une extrême prudence et consulter les personnes qu’ils aimaient pour déterminer si une large communication pourrait nuire à leur famille, à leurs proches et à leurs partenaires.»

Pour Madre et l’IGLHRC, Daesh pourrait utiliser l’homosexualité pour saper l’influence d’opposants: «Accuser des adversaires d’être homosexuel.le.s est une stratégie déjà utilisée à travers le monde entier pour enlever toute crédibilité à ces adversaires», rappellent les organisations. Celles-ci demandent à chacun.e de faire preuve de précision car les informations véhiculées par Daesh ont un impact direct sur la vie des populations locales: après des rumeurs de massacres en 2012, plusieurs personnes LGBT ont quitté le pays, se sont cachées ou ont songé au suicide, indique l’IGLHRC.

La stratégie de propagande mise en œuvre par l’État islamique reposant sur la terreur, propager les images de Daesh sans recul participe de cette stratégie.

Photo Capture (Combats entre l’armée irakienne et l’État islamique)