Après la sidération et la mobilisation, place aux questions, deux semaines après les attentats meurtriers qui ont coûté la vie à 17 personnes innocentes. Les appels vers plus d’autorité, de sécurité se sont multipliés. Faut-il craindre une montée du tout sécuritaire au détriment d’une action sur les causes sociales des discriminations? Ou au contraire, l’énergie des marches va-t-elle se transformer en réformatrice sociale pour plus de liberté, d’égalité et de fraternité? Dans Libération il y a deux jours, l’historien Pierre Nora qualifie la manifestation du 11 janvier «d’événement monstre». Et il ajoute: «Un événement n’est jamais ce qu’il a l’air d’être, il peut même signifier le contraire».

La France et celles et ceux qui y vivent n’ont pas changé du jour au lendemain, même si la presse a beaucoup glosé sur le «Ça ne sera jamais plus comme avant». Beaucoup ont manifesté pour défendre la liberté d’expression, la libre pensée, pour dénoncer l’antisémitisme et les crimes de haine. Mais tous et toutes les manifestant.e.s n’étaient pas Charlie, y compris dans les rangs des manifestant.e.s LGBT, si l’on en croit leurs statuts sur Facebook. Certain.e.s critiquaient les unes jugées misogynes ou islamophobes de l’hebdomadaire satirique.

Toute la France n’a pas marché. L’institut Ifop a publié une carte des villes qui ont le moins marché le week-end du 10 et 11 janvier. Un travail de l’institut Ifop qui montre que celle carte recoupe celle de la France qui vote FN, qui s’abstient aux élections et qui a dit non au traité de Maastricht.

Que reste-t-il de cette mobilisation? Que va-t-il se passer maintenant? Fort de sa remontée dans les sondages, François Hollande va-t-il creuser son sillon d’autorité, concentrant son action sur les mesures de sécurité, à côté de l’emploi et l’économie?

Certain.e.s, y compris à gauche, n’avaient pas manqué, en 2013, de reprocher au gouvernement de trop s’intéresser aux réformes de société, visant explicitement la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Les réformes dites de société, en particulier celles qui concernent les LGBT, vont-elles rester dans les cartons? Ce serait une grave erreur. Car le compte est loin d’être bon. Certaines promesses de 2012 se sont évanouies: l’accès à la PMA, une loi sur l’identité de genre. Sans parler de l’ouverture du don du sang aux HSH (hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes) et des soins funéraires pour les personnes séropositives décédées.Et le droit de vote aux étrangers. Et la fin de vie. Et…

Face à la barbarie des attentats et des tueries, nous avons besoin d’un sursaut de démocratie, d’une attention particulière aux minorités, de plus de respect et de dignité pour des hommes et des femmes qui ont l’impression d’être des citoyen.ne.s de seconde zone: immigrés, chômeurs, minorités, handicapés. Et nous n’opposerons pas les combats. La lutte contre les discriminations, ce n’est pas à la carte.