Amélie a six grand-mères. Deux d’entre elles sont en couple. Amélie a toujours su qu’elles étaient lesbiennes, même si celles-ci ont longtemps tenté de rester discrètes à ce sujet. Plutôt que de les dire «amoureuses», la famille les a longtemps présentées comme des «amies». Et elles ont préféré ne jamais échanger de geste de tendresse devant leurs petits-enfants.

Ce non-dit, entaché d’un semblant de honte, Amélie l’a intégré. Elle a eu peur d’être elle-même lesbienne. À l’école, elle préférait parler de ses grands-parents plutôt que d’évoquer ses deux grands-mères. Et lorsqu’un débat a eu lieu sur l’homoparentalité dans sa classe, elle n’a pas eu le courage de dire que sa famille à elle comptait des parents homos. Mais les choses ont changé. Peu à peu, elle a gagné en assurance.

«À mes yeux, dissimuler l’homosexualité de mes grands-mères c’était partir du principe que c’était anormal, honteux, et c’était ça qui faisait que ça pouvait se retourner contre nous. À partir de là, je ne me suis plus cachée. Je ne disais plus “Je vais chez mes grands-parents” mais: “Je vais chez mes grands-mères. Oui, elles vivent ensemble, non pas comme dans Charlie et la Chocolaterie, plus comme dans The L Word.”» Les attaques de la «Manif pour tous» contre les familles non-conformes au modèle «père-mère-enfant» l’ont blessée à plus d’un titre, puisqu’en plus de ses grands-mères lesbiennes, ses parents sont divorcés et remariés.

Elle-même lesbienne, Amélie a bien l’intention de fonder une famille avec une autre femme. Et annoncer son homosexualité lui a permis de se rapprocher de ses grands-mères. Elle les a aidées à s’accepter, à ne plus rougir de leur différence et à être libres.

À lire sur Madmoizelle. Amélie avait aussi raconté son histoire et celle de ses grands-mères cet été sur France Inter.