L’affaire du sauna du Caire, au cours de laquelle 26 hommes ont été arrêtés début décembre dans un hammam de la capitale sous les projecteurs de caméras de télévision, interroge le rapport de l’Égypte aux médias et plus particulièrement les liens qu’entretient le pouvoir avec les organes de presse. Pour filmer l’arrestation des 26 hommes, la journaliste Mona Iraqi a étroitement collaboré avec la police. Pour de nombreux journalistes égyptien.ne.s, elle est allée trop loin et a franchi des limites. Mais serait-elle la seule dans ce cas?

SOUTIEN DES FAMILLES
D’après Ibrahim Monsour, le rédacteur en chef de Tahrir News, une publication libérale, le gouvernement transmet des instructions aux médias sur les sujets qu’ils doivent couvrir. Et les arrestations de personnes homosexuelles participent d’après lui de la stratégie pour faire diversion sur le fait que les objectifs fixés au moment de la révolution de 2011 sont loin d’être atteints. Le rédacteur en chef chargé de l’édition en ligne du journal le plus vendu El-Masry el-Youm, Mohammed El-Desoky Roshdy, assure quant à lui qu’il n’y a pas d’ordres directs du pouvoir, mais que les scandales liés à la sexualité font vendre. Les journaux ne feraient que suivre une tendance déjà très présente à la télévision. Le fait que cela aille dans le même sens que le régime, qui veut afficher son attachement à la morale d’après BuzzFeed, ne serait qu’une coïncidence.

Les associations de défense des droits humains se sont réjouies de l’acquittement des 26 hommes arrêtés dans le sauna. Cependant, cette décision juridique ne fera peut-être pas jurisprudence. Contrairement à toutes les autres affaires où l’on accusait une personne d’être homosexuelle, les familles des prévenus ont cette fois choisi d’entourer leurs proches et de montrer leur soutien, ce qui a peut-être incité la Justice à se montrer plus clémente. En partie parce que dans les familles ouvrières, les saunas sont souvent les seuls endroits où il est possible d’accéder à un point d’eau pour se laver. Mais dans la salle d’audience, les familles ont aussi exprimé leur énervement quant aux liens qui unissent le monde politique aux journalistes. Entourer les prévenus, c’était une façon de dire au régime qu’il était allé trop loin, analysent plusieurs observateurs/trices.

Le procureur a fait appel de l’acquittement. Les 26 hommes seront donc jugés de nouveau en appel, mais l’issue est toute aussi incertaine qu’en première instance.

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