Lorsque l’on entre dans la salle, la baronne Staff est déjà là. Souriante, d’un abord avenant, sans paraître chaleureuse pour autant. On s’installe. Puis elle commence. Elle ne se présente pas, mais au fond, ce n’est pas comme si elle était dans une conversation avec le public. C’est plutôt dans sa tête, mais à voix haute, qu’elle égrène les étapes de la vie: la naissance, la déclaration d’amour, le mariage, le plan de table du dîner, la mort aussi, et indique pour chacune d’entre elles comment il convient d’agir et de parler. Grâce aux Règles du savoir-vivre dans la société moderne, on apprend les convenances et on s’étonne de leur désuétude. Mais derrière le texte lisse et propret du dramaturge homosexuel Jean-Luc Lagarce, on devine les fissures et les peurs qui hantent celles et ceux qui fondent leurs espoirs sur les normes.

Dans le rôle de la baronne Staff le comédien Martin Juvanon du Vachat. Vêtu d’une robe et muni pour seul accessoire d’une étole, il donne vie à ces règles qui déterminent comment doit se vivre une vie. «Notre choix du travestissement met en évidence l’ambiguïté essentielle de ce personnage, qui ne fait que jouer et se fabriquer son théâtre, explique le metteur en scène François Thomas dans le dossier de presse. Ce parti pris révèle la matière même du texte de Lagarce: les conventions ne sont que des fictions et tiennent uniquement parce qu’on veut bien y croire.»

Si l’on s’arrête au texte et à l’interprétation, on ne voit que la façade, le sourire. D’ailleurs, on rit (beaucoup). Sans forcément se rendre compte que sous nos yeux, un drame se joue. «Derrière l’exubérance du personnage, l’acidité du texte de Lagarce et le rire qu’ils suscitent, percent la fragilité et le désabusement de cette dame, qui ne connaît ni le monde ni l’amour et vit par procuration, comblant son vide en s’identifiant aux différents acteurs de cette comédie humaine», précise le metteur en scène.

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Du mardi au samedi au théâtre Les Déchargeurs à Paris, jusqu’au 28 février. Tarif spécial de 10€ du 20 au 23 janvier. Plus d’infos sur Sortir.

Photo Azad Petre