De la difficulté d’être gay au Maroc. Marwan Bensaïd, 23 ans, vit à Rabat, la capitale. Dans un pays où l’homosexualité est toujours pénalisée, il milite sans relâche pour les droits des personnes LGBT. Il a ainsi créé un magazine pour les gays marocains, Aswat, puis lancé avec d’autres militants un collectif du même nom. Son dernier projet en date se nomme Kaynin («Ils existent»).

Il s’agit d’une série de témoignages en vidéo de gays marocains. Ces derniers expliquent comment ils vivent leur homosexualité et les violences qu’ils subissent en raison de leur orientation sexuelle. Ces violences peuvent être familiales, policières ou le fait d’inconnu.e.s dans la rue. Ainsi, Houssam a-t-il été condamné à trois mois de prison simplement parce qu’un policier n’a pas aimé sa démarche. Autre exemple: la mère d’Hamza lui mettait du piment dans la bouche parce qu’il n’était pas aussi masculin que les gosses des voisins.

Des témoignages essentiels, courageux, qui montrent en creux le long chemin qu’il reste à parcourir à la société marocaine pour accepter ses homos. Interview avec Marwan Bensaid, le réalisateur de Ils existent.

Pourquoi ce projet? La question des droits sexuels et corporels en général est encore considérée comme taboue dans la société marocaine et les médias ne font pas d’efforts pour sensibiliser les gens à ce sujet. Pire, on trouve des médias qui propagent des idées reçues et qui font passer des messages de haine et d’incitation à la persécution des minorités sexuelles. Face à cette situation, il était indispensable de créer un média alternatif qui contribue à corriger ces idées. J’ai pensé alors à lancer la web-série Kaynin.

Quelles ont été les réactions (au Maroc et ailleurs)? Les réactions de la société marocaine sont contrastées, entre les personnes qui sont pour les droits des homosexuel.le.s et qui ont exprimé leur soutien à l’émission et celles qui sont contre le fait d’aborder ce tabou sociétal sous prétexte que nous devons respecter les traditions et la religion de cette société, mais le plus important c’est que nous avons créé un débat autour de ce sujet et brisé le silence.

Je n’ai pas beaucoup d’informations sur les réactions en-dehors du Maroc. J’ai appris que le premier épisode de l’émission a été diffusé dans une université américaine.

Êtes-vous soutenu dans vos activités pro-LGBT? Le projet Kaynin est conçu avec ma caméra personnelle , et je fais le montage moi-même, c’est un travail individuel de bénévolat et il n’ y a aucun financement derrière, mais je trouve beaucoup de soutien auprès d’ami.e.s activistes qui sont toujours prêt.e.s à me fournir de l’aide dans un travail de traduction ou pour faciliter le tournage.

Sentez-vous que les choses bougent au Maroc de ce point de vue-là? Concernant le côté juridique et le comportement de l’État avec les homosexuel.le.s il n’y a pas vraiment de progrès. Les homosexuel.le.s continuent à être harcelé.e.s et arrêté.e.s. À Marrakech, on les menace d’arrestation et de prison si la police soupçonne leur orientation sexuelle par rapport à leur démarche ou leur aspect, même si les textes de loi ne le mentionnent pas, il y a beaucoup de détournements à ce propos.

Et par rapport au travail des activistes LGBTI pour unifier la communauté et pour faire avancer la cause, il y a un progrès clair.  Contrairement aux années précédentes, les choses bougent et cela nous rend optimistes.

Comment trouvez-vous les témoins pour les vidéos? Trouver des gens prêts à témoigner n’est pas une chose facile. Durant mon travail sur les droits LGBTI, j’ai connu beaucoup de personnes qui ont été victimes de violence ou de persécution à cause de leur sexualité. Mais elles ont peur de parler devant la caméra. Il est difficile d’affronter la société dans ce cas et les gens craignent que leur identité ne soit découverte ou qu’ils soient poursuivis en justice, même s’ils ne témoignent pas à visage découvert.

Le mois dernier par exemple et après avoir terminé le tournage d’un épisode, le jeune avec qui nous avions filmé nous a appelé.e.s pour dire qu’il était hésitant et que la publication de la vidéo pourrait lui causer des problèmes, nous nous sommes trouvé.e.s dans l’obligation de chercher une autre personne et de tourner un nouvel épisode.

Le témoignage d’Houssam, sous-titré en français:

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Le témoignage d’Hamza, sous-titré en anglais:

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