Jeudi soir, Arte diffusait les trois premiers épisodes de sa minisérie phare en ce début d’année, Paris, créée par Virginie Brac. Située à notre époque, l’intrigue voit se croiser le Premier ministre, un procureur de la République (Eric Caravaca) amant d’une artiste trans’ mais marié à une journaliste un peu paumée (Stéphanie Murat). Le tout sur une journée, une sorte de 24 Heures sur Seine, où tous ces personnages et bien d’autres encore vont se croiser et s’entrechoquer. La série a le rythme des fictions télévisuelles américaines et se laisse regarder avec plaisir. Mais là où le bât blesse, c’est lorsque l’on découvre que le personnage de l’artiste trans’, qui travaille de nuit dans un cabaret, est joué par une femme cisgenre.

Faut-il faire jouer une femme trans’ par une actrice trans’? En 2015, la réponse est oui. Il y a eu tellement d’abus, tellement de clichés et aussi de réelles difficultés pour des artistes trans’ de s’imposer. Je ne remets pas en question les qualités de Sarah-Jane Sauvegrain, l’actrice cisgenre qui a obtenu le rôle d’Alexia. Mais ne pas avoir casté une femme trans’ pour ce rôle est au mieux une erreur, au pire une insulte à la communauté trans’. Certes, le personnage d’Alexia est un des plus sympathiques et sensés dans cette ronde de caractériel.le.s, de malfrats ou de cyniques qui peuplent les épisodes de Paris. Mais ne trouverait-on pas choquant de faire jouer un rôle de noir par un blanc (c’est ce que faisait Hollywood il y a quelques décennies)? On pourrait aussi me rétorquer qu’un acteur ou une actrice peut tout jouer. C’est vrai! Et bien raison de plus pour qu’une femme trans’ joue un rôle de femme trans’.

Dans le feuilleton, on apprend qu’Alexia n’est pas opérée. Elle se définit elle-même non pas comme «transsexuelle» mais comme «transgenre». Mais pour bien appuyer le propos, on va jusqu’à nous montrer son anatomie dans une scène très embarrassante où le sexe en silicone posé sur le corps d’une femme cisgenre contribue à créer un profond malaise.

On me rétorquera que pour son dernier film, Une nouvelle amie, François Ozon a recruté Romain Duris pour interpréter le personnage de Virginia. Mais dans ce film, on assiste à la transition de Virginia, ce qui n’est pas du tout le cas dans Paris. Jeudi, sur Yagg, nous relations les propos de Oona King, directrice de la diversité de Channel 4, qui expliquait dans The Guardian qu’il faut «faire l’effort de chercher des personnes de talent au sein de ces groupes» en parlant des LGBT. Il existe des actrices trans’ de talent.

Sur TéléLoisirs.fr, la créatrice de la série défend son choix: «On a choisi une actrice avant tout. C’était le principal problème du casting. Elle a peu de poitrine, est radieuse, grande et assez androgyne». Sur  Allociné, le réalisateur Gilles Banier, après avoir évoqué les difficultés du casting, déclare: «J’espère qu’un jour, avec l’évolution de la médecine et une plus grande acceptation de la société, il existera véritablement des comédiens transgenres».

L’enfer est pavé de bonnes intentions.