A., une professeure de musique de l’école primaire 565 de Saint-Pétersbourg (photo), s’est fait renvoyer le 8 décembre 2014 après avoir été outée par un militant contre les droits des LGBT. Avec l’aide de l’association LGBT Coming-out, elle vient de porter plainte pour licenciement injustifié et illégal et demande à pouvoir réintégrer sa place et à obtenir une compensation financière pour le préjudice moral subi.

«UN MAUVAIS EXEMPLE POUR LES ENFANTS»
L’homme à l’origine du renvoi de A., Timur Isayev Bulatov, a contacté la direction de l’établissement dans lequel elle travaillait auprès d’enfants handicapés mentaux ou autistes, pour l’avertir qu’elle était en couple avec une autre femme. Aux photos d’elle prises sur son profil Vkontakte, il a ajouté une lettre de dénonciation: «C’est un crime d’autoriser de tels enseignants à être avec des enfants car la communication avec eux ne leur apprendra pas un bon comportement, cela ne leur donnera une bonne vision du monde, et cela ne leur donnera pas la capacité à respecter la famille et la tradition russe. Un professeur qui n’a pas peur de faire des grimaces devant un appareil et qui met les photos sur Internet porte atteinte à l’éthique et à la réputation et déshonore l’école où il enseigne la musique. Et cette professeure ne montre pas seulement sa vie privée, mais poste aussi des photos de sodomie sur Internet, pour que tout le monde les voit. Elle vient à l’école avec des attributs de lesbienne: des bagues à plusieurs doigts, d’autres bijoux particuliers, habillée comme un homme, les cheveux coupés courts, ce qui peut être un mauvais exemple pour les enfants.»

Selon le site Vocativ, Timur Isayev Bulatov se vante sur les réseaux sociaux d’avoir déjà fait renvoyé 29 enseignant.e.s en les dénonçant comme étant des personnes LGBT.

LICENCIEMENT ABUSIF
Après avoir reçu ce courrier, la direction de l’école 565 a convoqué A., qui a enregistré ces échanges, pour la convaincre de présenter sa démission. Alors que A. n’avait jamais évoqué sa vie privée sur son lieu de travail, et qu’elle ne fait partie d’aucune association, la direction affirme qu’elle ne peut plus approcher des enfants puisqu’elle «fait partie des LGBT». Le principal Stanislav Vinogradov aurait affirmé ne pas vouloir la licencier, qualifiant au passage Timur Isayev Bulatov de «psychopathe» et conscient que le travail de cette enseignante n’a jamais été remis en cause. Cependant, les trop importantes pressions de la hiérarchie l’ont contraint à renvoyer A., qui a refusé de poser sa démission. Elle a finalement été licenciée pour «infraction immorale», en vertu du paragraphe 8 de l’article 81 du Code du travail russe. «Pendant toutes ces années de travail à cette école, j’ai donné tout ce que j’avais, pour développer chez ces enfants l’amour des arts et de la musique, a-t-elle déclaré. Compte tenu des capacités de ces enfants qui ont des handicaps de développement modérés à sévères, j’ai tenté de rendre chaque leçon intéressante, éducative et amusante.»

Photo Wikimapia