[mise à jour, 15/01] Ajout d’un communiqué de HES

Karim Ghendouf, conseiller d’opposition à La Ciotat (FdG), et son ancien colistier Christophe Maîtrepierre, adhérent d’Homosexualités et socialisme (HES), ont été mis en examen pour un tweet repris sur leur site de campagne pendant les élections municipales de 2014.

Tweet Christophe Maîtrepierre

«DU DÉBAT POLITIQUE, PAS DE L’INJURE»
Les deux hommes y rappelaient qu’en 2012, le candidat UMP à la mairie de La Ciotat Patrick Boré (photo) avait indiqué être «contre le mariage et l’adoption par les couples homosexuels». «Toujours homophobe?», ont demandé Karim Ghendouf et Christophe Maîtrepierre en janvier 2014. Quelques jours plus tard, ils ont reçu une injonction d’huissier leur demandant de retirer ce tweet. Ce qu’ils ont fait. Mais ils font désormais l’objet d’une procédure en justice pour injure publique sur officier d’état civil.

«Les gens ont le droit de savoir quel est le point de vue du maire sur le mariage, cela relève du débat politique, pas de l’injure, estime Karim Ghendouf. Comment qualifier quelqu’un qui est contre le fait que deux personnes de même sexe s’unissent? En français, il y a un mot: homophobe. Et ce n’est pas une insulte.» «Je considère qu’en tant que citoyen, j’habite une ville dans laquelle j’ai épousé mon compagnon, ajoute Christophe Maîtrepierre, et c’est mon droit de poser des questions au maire en espérant avoir des réponses.»

«ON NE CÈDERA PAS À LA PRESSION»
Ce qui l’a choqué dans la profession de foi en photo dans le tweet, c’est que Patrick Boré indique vouloir «combattre ces idées» en parlant notamment du mariage pour tous. «Quand on veut combattre les idées des LGBT, ça s’appelle de l’homophobie, plaide Christophe Maîtrepierre. Le dire, ce n’est pas une insulte. La mise en examen permettra d’avoir un débat sur ce sujet.» Pour maître Philippe Vouland, qui représente Karim Ghendouf et Christophe Maîtrepierre, le tweet incriminé «ne saurait être une injure: lorsqu’une personne revendique que les homosexuel.le.s ne devraient pas avoir les mêmes droits que les autres, on peut parler d’homophobie».

Selon Karim Ghendouf, l’intention du maire consiste avant tout à «intimider» pour faire taire l’opposition. «En qualifiant cela d’injure publique sur officier d’état civil alors qu’il était à ce moment-là candidat à la mairie, il se prémunit personnellement et nous attaque avec les moyens financiers de la ville. Ça ne lui coûte rien! Il essaie de nous contraindre et de nous décrédibiliser, mais on ne cèdera pas à la pression. On ne va pas se laisser imposer un dogme.» Interrogé par La Provence, le maire Patrick Boré laisse au procureur de la République le soin de «donner suite ou pas à la mise en examen». «Nous avons toujours dit vouloir faire une campagne propre et respectueuse et à ce titre, nous ne tolérons pas les insultes», a-t-il affirmé au quotidien régional.

Qualifier une personne d’homophobe, est-ce une insulte? En février 2014, la Cour d’appel de Paris avait débouté la «Manif pour tous» qui avait intenté un procès pour diffamation à l’encontre de l’ancien sénateur Jean-Pierre Michel (PS) qui avait déclaré que le mouvement faisait preuve de «la pire des homophobies». Mais d’après l’avocat de Karim Ghendouf et de Christophe Maîtrepierre, il faudra plusieurs mois avant qu’une juridiction se prononce sur l’affaire qui les concerne.

Dans un communiqué, l’association HES a appelé Patrick Boré à démontrer par des actes concrets qu’il n’est pas homophobe: «Hier explicitement en croisade contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, il considère aujourd’hui le qualificatif “homophobe” comme une injure. HES attend donc avec impatience de prendre connaissance des politiques publiques que M. Boré met en œuvre dans sa ville pour lutter contre l’homophobie, ainsi que leurs résultats. En effet, la politique passe plus par des preuves que par des effets de prétoire!»

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