Dans quelques mois, en octobre, l’Église catholique tiendra un synode sur la famille à Rome afin de poursuivre la réflexion initiée au premier qui a eu lieu en octobre dernier. En prélude à cet événement, le Vatican a publié les «lineamenta» le mois dernier. Rappelons le principe des lineamenta: c’est un texte suivi d’une série de questions que la Curie envoie normalement aux évêques, et qui peut aussi avoir d’autres destinataires, selon les circonstances; en l’occurence, tou.te.s les catholiques. La Curie synthétise ensuite les réponses reçues et rédige le document devant servir de base pour les discussions qui auront lieu au Synode. Les lineamenta donnent donc une idée de l’orientation choisie par Rome pour aborder le débat. Ainsi ceux pour le Synode de l’année dernière avait surpris les observateurs en abordant ouvertement et sans les condamnations de rigueur la question pastorale des couples de même sexe au sein de l’Église:

«5.Sur les unions de personnes du même sexe

a) Existe-t-il dans votre pays une loi civile qui reconnaisse aux unions de personnes du même sexe une quelconque équivalence au mariage?
b) Quel est le comportement des Églises particulières et locales tant envers l’État promoteur d’unions civiles entre personnes du même sexe, qu’envers les personnes impliquées dans ce type d’union?
c) Quelle attention pastorale est-il possible d’avoir envers des personnes qui ont choisi de vivre selon ce type d’unions?
d) En cas d’unions entre personnes du même sexe qui aient adopté des enfants quel comportement pastoral tenir en vue de la transmission de la foi?»

Cette ouverture discrète laissait espérer une discussion ouverte sur ces questions au Synode Extraordinaire. De fait, le relatio post disceptationem, document de travail qui concluait le premier round des débats, aborde de façon positive la question et reconnaît, pour la première fois dans l’histoire du Saint-Siège, «qu’il existe des cas [à propos des couples de même sexe] où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires» (paragraphe 52). Malheureusement, ces mots d’ouverture ont suscité une réaction si vive des partisans du statu quo qu’ils ont fait pression avec succès: le rapport final se contente de rappeler le catéchisme. Ce document servira de point de départ pour le débat qui aura lieu au prochain synode.

La publication des lineamenta était donc attendue car il donne une indication de l’orientation choisie. L’enterrement des questions LGBT dans le rapport final allait-il être confirmé?

À ce point, les lineamenta consacrent deux paragraphes:

– «55. Dans certaines familles, des personnes ont une orientation homosexuelle. À cet égard, nous nous sommes interrogés sur l’attention pastorale à adopter face à ces situations, en nous référant à l’enseignement de l’Église: “Il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille”. Néanmoins, les hommes et les femmes ayant des tendances homosexuelles doivent être accueillis avec respect et délicatesse. “À leur égard, on évitera toute marque de discrimination injuste” (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, 4).»

– «L’attention pastorale envers les personnes ayant une tendance homosexuelle pose aujourd’hui de nouveaux défis, dus notamment à la manière avec laquelle leurs droits sont proposés au niveau social.
40. Comment la communauté chrétienne accorde-t-elle son attention pastorale aux familles dont certaines personnes en leur sein ont une tendance homosexuelle? En évitant toute discrimination injuste, de quelle façon est-il possible de s’occuper des personnes dans ces situations à la lumière de l’Évangile? Comment leur proposer les exigences de la volonté de Dieu sur leur situation?»

Ces questions sont fort classiques, et évitent toute mention des couples de même sexe. De plus, alors que le relatio post disceptationem évoquait les «personnes homosexuelles», soulignant qu’elles ont «des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne» (paragraphe 50) et se demandait comment garantir «un espace de fraternité dans nos communautés» (paragraphe 50), le lineamenta se contente de parler des personnes «à tendance homosexuelle» (nuance sémantique de taille), «d’attention pastorale», de s’en «occuper». La différence de ton est très nette, et avouons-le franchement, déprimante. La messe est-elle dite? Pas si simple.

Dans le rapport final du Synode de l’année dernière, le paragraphe sur les LGBT aurait dû en fait ne pas être publié: il avait manqué les 2/3 des voix nécessaires. Des participants, comme Mgr Paul-André Durocher, ont rapporté que des évêques avaient refusé de le voter car ils auraient préféré un langage plus ouvert, plus inclusif. Bien plus, durant le Synode, des cardinaux comme l’archevêque de Vienne ou celui de Munich, ont ouvertement milité pour une reconnaissance des couples de même sexe.

Ce dernier, le cardinal Marx, proche du pape François, a déclaré à la Repubblica le 20 octobre 2014, que «nous avons fait deux pas en avant et un pas en arrière», signifiant par là que si le rapport final était décevant, il ne fallait pas oublier que la chape de plomb pesant sur les questions LGBT avait sauté, et qu’on pouvait enfin commencer à en discuter.

Répétons que le paragraphe sur les LGBT n’aurait pas dû être inclus dans le rapport final sans la volonté express du pape. Contrairement à ce qu’on croit trop souvent, le pape n’est pas tout puissant au sein de l’Église. Si le rapport final n’avait pas abordé les questions LGBT, il aurait été difficile de mentionner le sujet au prochain Synode. Maintenir ce paragraphe oblige donc à garder la discussion ouverte…

Que conclure donc de ce lineamenta pour nous, les LGBT? Bien qu’il soit décevant, il ne faut pas oublier l’essentiel: on commence enfin à discuter au sein de l’Église sur l’inclusion des LGBT, surtout des couples de même sexe. Personne ne sait ce qu’il en sortira mais on en parle enfin!

MatsuBasho, gay amateur de théologie
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Photo Luc Mercelis