La justice égyptienne a acquitté ce lundi 12 janvier les 26 hommes accusés de débauche et de prostitution après qu’ils ont été arrêtés dans un sauna du Caire au début du mois de décembre. «La cour a décidé que tous les accusés sont innocents», a déclaré un juge avant d’ordonner la libération des prisonniers concernés, rapporte Reuters.

«UNE FOIS PÉNÉTRÉ, ON N’EST PLUS UN HOMME»
Le droit égyptien ne condamne pas explicitement l’homosexualité, mais plusieurs articles de loi ont été interprétés de façon à punir les personnes homosexuelles. Une peine de trois ans de prison a par exemple été prononcée il y a quelques mois contre huit hommes ayant participé à un mariage symbolique entre deux hommes. La libération des 26 hommes interpellés dans le sauna constitue donc une bonne nouvelle d’un point de vue juridique, mais elle reste entachée d’amertume puisque BuzzFeed révèle que plusieurs prisonniers ont été violés au cours de leur détention.

Des tests anaux ont été pratiqués par la police pour «vérifier» l’homosexualité des détenus. Ces examens prétendument médicaux ont eu lieu deux jours après l’arrestation. Une durée pendant laquelle les prisonniers sont restés nus. Trois d’entre eux présentaient des blessures à l’anus et ont pleuré au cours de leur examen. D’après l’avocat Mohamed Zaki, qui réprésente sept des accusés, ces marques et leurs larmes montrent qu’ils ont été victimes d’un grave traumatisme. L’un d’eux a expliqué à l’avocat qu’il avait été «offert» aux autres prisonniers par les gardes de la prison: «C’est votre jour de chance, les gars, voilà votre sucette!», auraient déclaré les agents chargés de la sécurité. Privé de sa serviette et poussé au sol, le prisonnier raconte avoir été violé sans que les gardes répondent à ses appels à l’aide.

Les deux autres accusés présentant des blessures à l’anus ont refusé de parler. D’après Mohamed Zaki, leur silence est lié au tabou culturel qui entoure le fait, pour un homme, d’être pénétré: «Comment un homme pourrait-il se tenir devant une cour et dire qu’il a été pénétré? Même s’il peut prouver qu’il a été violé dans sa cellule, cela entachera pour toujours sa réputation… Une fois qu’on a été pénétré, on n’est plus considéré comme un homme.»

FAUX TÉMOIGNAGES
Les examens pratiqués sur les prisonniers ont par ailleurs servi à infirmer le témoignage de l’officier de police qui a mené l’arrestation et qui assure avoir identifié neuf hommes impliqués dans une orgie, malgré la faible lumière et le manque de visibilité. Mais les avocats de la défense ont fait remarquer qu’aucune trace de pénétration n’a été retrouvée chez les personnes décrites comme ayant été pénétrées par le policier. Ses affirmations ont été également été mises en doute lorsqu’il a affirmé connaître les montants échangés entre certains hommes prostitués et leurs clients. Pour plusieurs personnes qu’il présentait comme des clients, la somme représentait la moitié de leur loyer mensuel, ce qui a semblé peu crédible.

L’implication de la journaliste Mona Iraqi dans cette affaire a également évoquée pendant le procès. Celle-ci avait affirmé avoir contacté la police après avoir découvert ce lieu et a filmé l’arrestation avec son équipe, ce qui a poussé nombre d’autres journalistes et d’organisations de droits humains à la critiquer. Au cours du procès, il a été établi que c’est en réalité l’officier de police à l’origine de l’opération avec qui elle est amie qui l’aurait prévenue pour s’assurer que l’arrestation aurait des retombées médiatiques. «C’est une erreur d’avoir autorisé des journalistes  – hommes ou femmes – à assister à cette opération», a finalement reconnu le chef de la police des mœurs.

La libération des 26 hommes a été accompagnée de cris de joie de la part de leurs familles qui ont invité les journalistes présents à couvrir l’acquittement des accusés avec autant de zèle que celui qui avait été démontré lors de leur arrestation. Plusieurs ont également indiqué vouloir poursuivre en justice la journaliste Mona Iraqi et l’officier de police pour avoir produit de faux témoignages.

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