Alors que les journalistes du monde entier ont rendu hommage à la rédaction de Charlie Hebdo attaquée par des hommes armés ce mercredi 7 janvier, Erick Erickson, chroniqueur américain connu pour ses positions très conservatrices, a choisi une manière plus personnelle d’exprimer son attachement à la liberté d’expression et s’est laissé aller à une comparaison plus que douteuse lors de son émission de radio sur WSB.

Captant son auditoire en vantant son courage de dire et de dénoncer tout haut ce que d’autres médias taisent, Erick Erickson laisse planer un certain mystère: «Je crois que cela doit être dit de cette façon, mais je comprends que cela mettra en colère certaines personnes, prévient-il en commençant sa diatribe. Je ne sais pas si cela aura le traitement que cela mérite car tant de gens ne veulent pas en parler, de la manière dont il faut en parler, de la manière dont cela existe. (…) Je ferai mon travail, au moins tant que j’aurais accès à cette plateforme… peut-être plus, après ce que je vais dire.»

Pendant de longues minutes, il semble décrire avec force et répétitions l’attentat perpétré contre le journal satirique… mais sans jamais dire clairement à quoi il fait référence: «Les terroristes ont été offensés par cette publication. Ils ont été offensés par une publication qui s’est moquée d’eux, qui leur a jeté du mépris, qui les a défiés, et qui a montré des idées fausses de leur religion. Alors ils ont cherché à se venger. Ils devaient détruire les gens qui avaient fait ça. Mais il faut comprendre de quelle destruction il s’agit. Il est question de vengeance mais il y a plus que ça. La destruction de leur ennemi devait se faire comme un spectacle public.» Plus loin, il défend finalement la volonté de combattre l’oppression: «La seule chose à faire est de se lever et de continuer (…) si on se tait, les terroristes gagnent!»

Ce n’est que bien plus loin qu’Erick Erickson en vient là où il veut en venir: «Ils ont fait la seule chose qu’ils pouvaient faire. La seule qu’ils savaient faire. Ils sont allés voir le maire d’Atlanta et ont réclamé qu’il renvoie le chef des pompiers qui avait osé se moquer d’eux.» Car depuis le début, ce que cherche à dénoncer le chroniqueur concerne non pas la liberté de la presse, mais le licenciement de Kelvin Cochran. En novembre 2013, le chef des pompiers de la ville d’Atlanta a auto-édité un livre sur le christianisme, Who Told You That You Were Naked?, dans lequel il utilise une rhétorique sexiste, antisémite, avec différentes comparaisons entre homosexualité et bestialité. Alertée, la municipalité a finalement suspendu Kelvin Cochran fin novembre pour une durée de 30 jours, avant de lui signifier officiellement son renvoi le 6 janvier dernier. Lors de cette annonce, le maire d’Atlanta Kasim Reed a affirmé avec fermeté que les positions de Kelvin Cochran n’était pas compatible avec son engagement pour la ville: «Ces croyances religieuses ne sont pas le problème, malgré le nombre de remarques et d’emails que j’ai reçu quotidiennement. Son jugement et sa capacité à gérer le département était le sujet de cette enquête, a-t-il déclaré. Et si je peux me permettre de vous parler du fond du cœur. Il s’agit là d’une décision. Je ne crois pas que quiconque dans une entreprise puisse décider d’écrire un livre et ne pas en parler au chef de cette organisation, que je suis, en l’occurrence. Pas une fois il n’a pensé qu’il était approprié d’avoir cette conversation avec moi, en dépit de la position que moi et mon administration avons sur les questions LGBT et la non-discrimination.»

Erick Erickson n’en est pas à son coup d’essai dans la provocation gratuite, s’étant déjà attaqué à Barack Obama, ou aux féministes, revendiquant à chaque fois sa précieuse liberté d’expression. Dernièrement, c’est le suicide de Leelah Alcorn qui l’a fait réagir, là encore dans une comparaison particulièrement odieuse, en réponse à un journaliste de Think Progress qui voyait dans le rejet des identités LGBT une forme de génocide, une tentative d’effacer des communautés entières:

«Rejeter la réalité des identités LGBT est une forme de génocide, une tentative d’effacer des communautés entières. Malheureusement, cela fonctionne parfois.»

«Cher.e.s survivant.e.s de l’Holocauste, vous voilà au courant…»

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