La Floride est devenue ce mardi 6 janvier le 36e État américain à ouvrir le mariage aux couples de même sexe. En 2006, une interdiction avait été votée par référendum (62%). Mais à la faveur des décisions rendues par la Cour suprême en juin 2013 contre le Defense of Marriage Act (DOMA) et la proposition 8 californienne, plusieurs couples ont saisi la justice pour faire reconnaître leurs droits. Estimant qu’empêcher les couples de même sexe de se marier est inconstitutionnel, le juge Hickle a annulé la loi issue du référendum et ordonné aux officiers d’état civil de l’État de reconnaître les unions de couples de même sexe.

DES RÉPUBLICAIN.E.S MOINS HOSTILES
Cette décision représente un tournant important d’un point de vue symbolique, souligne The New York Times. D’une part, parce que la Floride est le troisième État du pays en termes de population. Son basculement vers l’égalité des droits signifie que désormais 70% des Américain.e.s vivent dans un État où les couples de même sexe peuvent s’unir. D’autre part, la Floride figure traditionnellement parmi les États conservateurs. C’est d’ailleurs là qu’Anita Bryant avait commencé sa campagne contre l’homosexualité en 1977.

Mais aujourd’hui, même les élu.e.s républicain.e.s se montrent réservé.e.s sur cette question. L’ancien gouverneur de l’État Jeb Bush, petit frère de George W. Bush, a par exemple appelé à respecter aussi bien les personnes souhaitant faire prévaloir leurs opinions religieuses que celles qui cherchent à être protégées par la loi comme les autres citoyen.ne.s. Il avait jusqu’ici ouvertement milité contre l’ouverture du mariage, mais son ambition d’incarner la tête de liste républicaine à la prochaine élection présidentielle l’a peut-être poussé à adopter un discours plus fédérateur. Quant au gouverneur actuel, le républicain Rick Scott, il a prononcé ses vœux à la population sans mentionner une seule fois le fait que des dizaines de couples de même sexe ont sollicité les services administratifs de l’État pour se marier le même jour. Pour The New York Times, ce silence est à interpréter comme un signe positif.

L’AVENIR SE JOUE À WASHINGTON
En Floride comme dans le reste des États-Unis, les regards des militant.e.s pro-LGBT se tournent de toute façon vers Washington où les juges de la Cour suprême doivent se réunir demain sur la conduite à adopter concernant l’ouverture du mariage. En octobre, la juridiction la plus haute du pays avait choisi de ne rien dire et de laisser les cours de niveau inférieur régler la question. Toutes avaient rendu des décisions allant dans le sens de l’égalité des droits, jusqu’à ce que la cour d’appel fédérale du sixième circuit décide en novembre que dans le Tennessee, l’Ohio, le Michigan et le Kentucky, les couples de même sexe n’ont pas le droit de se marier. Cette rupture d’égalité entre les citoyen.ne.s des différents États pourrait pousser la Cour suprême à se saisir de ce dossier et à rendre une décision valable pour l’ensemble du pays. Traditionnellement, les juges annoncent vers la fin du mois de janvier les affaires sur lesquelles ils et elles statueront en juin, indique The Washington Post. On saura donc bientôt si l’ouverture du mariage en fait partie. Ce même vendredi, une cour d’appel fédérale se prononcera sur le Texas, le Mississipi et la Louisiane.

Des législateurs/trices tentent d’obtenir des avancées sur un autre terrain. Plusieurs parlementaires – dont une large majorité de démocrates – ont introduit une proposition de loi abrogeant totalement DOMA et qui obligerait les États à reconnaître les mariages de couples de même sexe conclus ailleurs que sur leur territoire, indique The Washington Blade. Pour l’heure, un couple de femmes uni à New York perd tout droit s’il part vivre au Texas, par exemple. De plus, l’État fédéral ne reconnaît aucun droit à la sécurité sociale pour les couples de même sexe vivant dans les 14 États où leur union demeure interdite. Avec la loi Respect for Marriage Act, des élu.e.s espèrent faire changer les choses. Ce texte a toutefois peu de chances d’aboutir: porté sans succès en 2009, il ne bénéficie du soutien que d’une élue républicaine. Or, depuis les élections de novembre 2014, c’est le parti républicain qui domine dans les deux Chambres.

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