[mise à jour, 15h30] Ajout des communiqués de HES, de SOS homophobie, de l’Inter-LGBT et de Total Respect

Frédéric Boisseau était agent d’entretien. Franck Brinsolaro était brigadier. Il assurait la protection du dessinateur Stéphane Charbonnier dit Charb. Jean Cabut, dit Cabu, était dessinateur. Elsa Cayat était psychanalyste et chroniqueuse. Philippe Honoré, dit Honoré, était dessinateur. Bernard Maris était économiste et chroniqueur. Ahmed Merabet était agent de police. Mustapha Ourrad était correcteur. Michel Renaud était l’ancien directeur de cabinet du maire de Clermont, invité par Cabu à assister à la conférence de rédaction. Bernard Verlhac, dit Tignous, était dessinateur. Georges Wolinski était dessinateur. Hier, mercredi 7 janvier, ces 12 personnes ont été tuées par balles lors d’une attaque perpétrée dans le XIe arrondissement de Paris par au moins deux individus contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Des menaces avaient été adressées au journal après la publication de dessins sur Mahomet en 2007.

RASSEMBLEMENTS
La police recherche actuellement deux frères, Chérif et Saïd Kouachi. Ils ont été localisés dans l’Aisne ce matin, indique France Info. Une troisième personne qui ferait partie de leur famille s’est rendue cette nuit à la police à Charleville-Mézières. Elle a été placée en garde à vue mais aucune charge n’a été retenue contre elle pour l’instant. Une nouvelle fusillade a eu lieu ce matin au sud de Paris au cours de laquelle une policière municipale a été tuée. Pour l’heure, aucun lien n’a pu être établi avec ce qui s’est passé dans les locaux de Charlie Hebdo.

L’assassinat sanglant commis hier a suscité une vague d’émotion d’ampleur internationale. Le président de la République François Hollande a décrété une journée de deuil national et plusieurs rassemblements spontanés ont eu lieu dès hier soir. Une marche républicaine initiée par le Parti socialiste (PS), le Parti communiste (PCF), Europe Écologie-Les Verts (EELV), le Mouvement républicain et citoyen (MRC) et le Parti radical de gauche (PRG) doit avoir lieu à Paris dimanche. Manuel Valls a appelé Nicolas Sarkozy, le président de l’UMP, pour que son parti y participe également.

DES MOTS
Les hommages, en mots et en images, ont afflué. Dans un communiqué, la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL) s’est dite «solidaire de Charlie Hebdo». «Porteuse d’un message d’ouverture et de tolérance, notre Fédération exprime sa solidarité avec Charlie Hebdo, journal libre et impertinent, peut-on lire dans le communiqué. Rien ne peut ni ne pourra jamais justifier une telle ignominie. Que cet esprit d’irrévérence survive à ceux qui, armés simplement d’un crayon ou d’un stylo, ont été sauvagement assassinés. Ni les menaces, ni cet acte barbare ne sauront faire taire Charlie, et au-delà, l’expression de la diversité qui nous est si chère.»

La Fédération LGBT a elle aussi publié un communiqué dans lequel elle appelle à «une  solidarité  inconditionnelle avec un journal qui a le droit d’exister, de s’exprimer, de critiquer, y compris parfois quand il nous bouscule ou nous choque. La liberté d’expression et de la presse ne se négocie pas. Au­-delà de Charlie Hebdo, c’est toute notre diversité, toutes nos communautés sans exception, toue la France et son peuple qui ont été attaqués!»

Joint par Yagg, Mickaël Bucheron, le président de Flag!, l’association des policièr.e.s et gendarmes LGBT, a réagi à la mort de plusieurs de ses collègues au cours de ces deux journées: «Hier, on était un peu sonné.e.s, consterné.e.s, impuissant.e.s mais en même temps prêt.e.s à réagir car ils arrivaient sur l’arrondissement où je travaille, a-t-il indiqué. Nous voulons exprimer notre solidarité avec les familles touchées par les décès de nos collègues. Nous appelons aussi à une grande vigilance: vu ce qu’ils ont accompli, on ne sait pas ce qu’ils peuvent faire par la suite.» Dans un communiqué, l’association qu’il préside s’est dite «sidérée d’apprendre l’assassinat d’une policière municipale à Montrouge et ne trouve plus de mots pour dénoncer ces actes d’horreurs, inqualifiables. À travers cet acte, ce sont nos valeurs de liberté et notre démocratie qui sont attaquées. […] Les policiers et gendarmes resteront debout.»

Dans un communiqué, l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) a souligné «son attachement aux valeurs de tolérance de notre République, à la liberté d’expression, au débat démocratique, à l’instruction, à la tolérance et à l’éducation aux différences dès le plus jeune âge, seuls garants d’un mode de vie apaisé au-delà des divergences. Nous sommes tous et resterons tous des Charlie», affirme l’association.

«Ça n’est pas en devenant comme eux que l’on se protège des barbares, proclame de son côté l’association Homosexualités et socialisme (HES). C’est en défendant la liberté, nos libertés, l’égalité, l’incontournable égalité, la fraternité, qui nous rend si fort. Sans liberté d’expression, nos combats pour l’égalité et l’émancipation n’ont plus ni sens, ni moyen. Cet odieux attentat intervient aussi dans une atmosphère, celle d’une société où le débat public accorde trop souvent droit de cité au « n’importe quoi » depuis des années. Ces 12 morts doivent tous nous rappeler à la dignité. Un ressentiment n’est pas un concept philosophique, une humeur n’est pas une idée, une parole haineuse à l’encontre de quelqu’un de différent de nous n’est pas une opinion.»

SOS homophobie a également eu une pensée pour les victimes de la tuerie et a fait part de son émotion dans un communiqué: «La liberté à la main, des femmes et des hommes sont tombé.e.s hier, assassiné.e.s pour des idées, et victimes de l’aveuglement et du fanatisme. Nous garderons en souvenir l’image de ces femmes et de ces hommes, qui ont choisi de défendre la liberté d’expression au péril de leur existence. Contre la violence, l’heure est à l’union et au rassemblement. Un seul combat est à mener aujourd’hui, un combat pour les libertés de chacun.e, un combat contre l’intolérance et la haine, un combat au service des valeurs de la République. Seule la mobilisation de toutes et de tous permettra de lutter contre le climat de terreur qui s’établit peu à peu dans notre pays. Ne nous laissons pas saisir par la peur et la tentation du repli. Debout, ayons le courage de construire ensemble une société respectueuse de l’expression de chacun.e. Nourrissons l’espoir d’une société unie et fraternelle, rassemblée autour des valeurs de respect et de liberté qui la constituent.»

Un sentiment partagé par l’Inter-LGBT qui s’est également exprimée dans un communiqué: «L’Inter-LGBT est profondément attachée à la liberté d’expression et au respect du pluralisme dans la diversité, qu’il s’agisse de convictions politiques, de croyances religieuses, d’origines, de genre, de sexualités. Nous refusons également toute forme d’amalgame. Ces valeurs sont le fondement de notre engagement et le coup porté ici ne saurait faire faiblir notre détermination à continuer la lutte. Rien ne peut jamais justifier le recours à une telle violence.»

Et face aux discours excluants prononcé.e.s par certain.e.s, l’association Tjenbé Rèd appelle à une posture plus sage: «C’est la haine elle-même qu’il faut rejeter, qu’elle soit islamiste ou islamophobe, raciste ou LGBT-phobe, & ses manifestations de tout bord qui convergent contre la liberté d’expression».

Lire aussi: «Ils n’ont pas tué « Charlie Hebdo »», par Christophe Martet

DES IMAGES
L’humoriste Sophia Aram a rendu un vibrant hommage aux victimes sur France Inter.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur L’émouvant hommage de Sophia Aram à Charlie Hebdo

Sur son site, l’organisation Cartooning for Peace a publié une galerie de dessins. Plusieurs ont été publiés sur Twitter.

Où est le courage?

A post shared by Joann Sfar (@joannsfar) on

Si Dieu existe, il ne tue pas pour un dessin.

A post shared by Joann Sfar (@joannsfar) on