Invité.e.s de l’émission d’Emmanuelle Bastide 7 Milliards de voisins sur RFI, Frédéric Martel, auteur de Global Gay, et Marie de Douhet qui a co-réalisé les deux reportages sur l’homosexualité au Pakistan diffusés récemment sur Canal+ ont fait part de leur analyse et de leurs observations sur les différentes situations des LGBT dans les pays musulmans.

Comme le rappelle Frédéric Martel, les lois qui criminalisent les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont un héritage de la colonisation: «L’Occident n’a pas amené l’homosexualité mais l’homophobie», observe-t-il, rappelant que les articles de loi en question sont quasi similaires dans ces différents pays. Et justement comment est donc perçue l’ouverture en Occident de nouveaux droits aux personnes LGBT? Sur la question du mariage pour les couples de même sexe, Marie de Douhet, qui a enquêté au Pakistan pendant les débats en France, affirme que cette question n’est pas à l’ordre du jour: «Les Pakistanais ne se sentent pas concernés. Ce n’est pas la priorité, ils vivent bien cachés, et ne font pas leur coming-out», explique-t-elle. De ce fait, il existe très clairement une distinction entre le fait d’être gay, de le définir comme son identité, et donc l’appartenance à un groupe, et avoir des pratiques sexuelles avec des hommes.

Plus tard dans l’émission, un débat naît entre les deux intervenant.e.s, lorsque Frédéric Martel critique les témoignages mis en avant dans le reportage de Marie de Douhet, qui selon lui jouent la carte du sensationnalisme, en montrant des hommes qui ont été abusés sexuellement durant leur enfance, ou nécessairement attirés par des hommes parce que frustrés sexuellement ou incapables d’avoir une sexualité dite normale. Il dresse le parallèle avec les images de la Marche des fiertés diffusées communément par les télévisions pour illustrer l’événement.

Quels pourraient être les moyens d’actions pour faire avancer les choses au Pakistan? questionne en conclusion Emmanuelle Bastide. Pour Marie de Douhet, sensibiliser dès le plus jeune âge apparait comme un levier efficace: «L’éducation, élever les enfants avec l’idée que l’homosexualité n’est ni une maladie, ni un crime», affirme-t-elle, citant au passage la sortie récente d’un manuel de petites histoires adressées aux enfants pour lutter justement contre l’homophobie.

Une émission à écouter sur le site de RFI.

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