L’Inter-LGBT défilera dimanche 30 novembre à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, pour se souvenir des disparu-e-s et exprimer sa solidarité avec les personnes qui, partout dans le monde, vivent avec le virus. Il s’agit aussi d’appeler à la mobilisation de toutes celles et ceux qui souhaitent enrayer la dissémination du VIH dans nos communautés.

DES MOTIFS D’INQUIETUDE…
Comme chaque année, l’Institut de Veille Sanitaire a publié ses chiffres sur les pratiques de dépistage, en particulier dans le groupe le plus exposé que constituent les hommes gays et bisexuels (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes). Ces données indiquent que la moitié seulement des HSH se sont fait dépister au moins une fois dans l’année écoulée, ce qui est pourtant la recommandation des autorités de santé. Quel chemin reste encore à parcourir! Motif supplémentaire d’inquiétude : ceux qui ne se sont pas fait dépister dans les douze derniers mois ont 26 ans en médiane, contre 34 ans pour les autres.

… ET QUELQUES RESULTATS ENCOURGEANTS
L’InVS souligne quelques résultats encourageants liés aux nouvelles stratégies de dépistage mises en œuvre ces dernières années, et notamment les tests à résultat rapide (ou TROD). Pourtant ces stratégies ne permettent pas encore de briser la chaîne des contaminations. En France, la dynamique de l’épidémie chez les gays/HSH ne fléchit pas. Chaque année, on estime qu’environ 3000 nouvelles contaminations surviennent dans ce groupe de population. Les rares données disponibles pour les personnes trans ne permettent pas de faire une analyse correcte de leur situation, que l’on sait pourtant être problématique.

Il n’y a pas de malédiction du VIH. Quand on est un gay, un HSH ou une personne trans, devenir séropositif n’est pas une fatalité. On sait ce qu’il faut faire pour espérer casser la dynamique de transmission du VIH et des autres IST. Tout d’abord, nous avons besoin de messages et de discours clairs sur la prévention, dans un contexte où de nouvelles stratégies complémentaires au préservatif sont apparus (le traitement des séropositifs comme prévention), vont apparaître (les autotests de dépistage) ou pourraient être rendus disponibles (la prophylaxie pré-exposition, PrEP), et alors que la confusion peut régner dans les esprits à leur propos. La «prévention combinée» doit être mieux définie et appropriée par les organisations et les individus. Il est de la responsabilité du ministère de la Santé et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) de bâtir ce nouvel édifice de la prévention, avec les associations concernées, afin que les messages diffusés dans les communautés permettent à chacune et à chacun de se protéger et de protéger les autres efficacement.

DES REPONSES TRES INSUFFISANTES
Ensuite, il est indispensable d’offrir aux personnes des groupes les plus exposés – dont font partie les gays/HSH, les lesbiennes/FSF et les trans – les conditions et les moyens de préserver leur santé. Ceci passe en particulier par le développement d’une offre de santé sexuelle, qui permette à chacun d’avoir accès, dans un environnement non stigmatisant, au dépistage du VIH et des hépatites, au diagnostic et au traitement des autres IST, et à un accompagnement dans la prévention. Le Plan national de lutte contre le VIH/sida et les IST du ministère de la Santé contenait beaucoup de mesures pertinentes qui s’inscrivent dans ces orientations. Le premier bilan de sa mise en œuvre est mitigé, notamment pour les actions menées en régions.

De notre côté, au printemps, nous avons vainement interpellé le ministère pour obtenir des informations sur la réalisation des mesures du plan prévues en direction des gays et autres HSH, des lesbiennes et autres FSF et des personnes trans, notamment en terme de financements qui leur avaient été attribués. Les réponses apportées furent très insuffisantes, et de ce fait nous ignorons, à ce jour, quel niveau de priorité a été donné à ces actions. Deux situations récentes sont venues confirmer nos craintes : les menaces qui pèsent sur le centre de santé sexuelle Le 190, à Paris, ou le retrait du VIH et des autres IST des priorités de l’appel à projets «santé publique» de l’Agence régionale de santé du Nord Pas-de-Calais. Les Agences régionales de santé doivent rendre des comptes à ce sujet, ainsi que le ministère de la Santé, qui ne peut pas se désintéresser de la manière dont ses propres objectifs y sont ou non poursuivis.

Ce 1er décembre est aussi l’occasion d’affirmer que c’est en travaillant sur la santé globale des groupes les plus exposés au VIH, aux autres IST et aux hépatites que nous réduirons la dynamique des contaminations.

C’est une leçon apprise notamment des actions de réduction des risques menées auprès des usager-e-s de drogues, qui sont bien plus que l’échange de seringues ou les traitements de substitution aux opiacés.

Au-delà du VIH/sida et des autres IST, les besoins de santé des LGBT gays/HSH, des lesbiennes et des personnes trans sont immenses et nécessitent une mobilisation massive : mauvais accès des lesbiennes et des bisexuelles à certains actes et examens, surconsommation de tabac et d’alcool ou usages problématiques de drogues, mal-être et taux de suicide élevé, parcours de transition des personnes trans, discriminations, isolement lié au vieillissement… Cette situation traduit les inégalités sociales de santé qui pèsent sur les LGBT.

Des programmes de santé sexuelle existent, d’autres sont en train de naître, partout en France, à partir d’associations de santé ou d’associations LGBT, souvent en collaboration avec des professionnels de santé. A l’occasion de cette journée mondiale, l’Inter-LGBT appelle les pouvoirs publics, nationaux et locaux, représentants de l’Etat et élus, à manifester leur engagement auprès de nos communautés et à consacrer les moyens nécessaires au développement d’une offre de santé qui leur soit destinée. Elle appelle les organisations issues de nos communautés à s’engager dans ce grand chantier, en plaidant auprès des institutions et en participant aux projets d’accès à ces services de santé que nous appelons de nos vœux. L’Inter-LGBT prendra sa part à cette mobilisation. Il s’agit de nos corps, il s’agit de nos vies. Prenons soin de nous.
Pour l’Inter-LGBT, François Berdougo, Porte-parole en charge de la santé

Photo Cortège de l’Inter-LGBT lors de la marche Existrans 2014.

Les intertitres sont de la rédaction.