Traitement comme prévention*, dépistages rapides démédicalisés (Trod), autotests du VIH, traitement préventif (PrEP) demain. Jamais la palette des outils de la prévention combinée contre l’épidémie du sida n’a été aussi grande. Aucun d’entre eux n’est en lui-même une solution miracle, mais leur appropriation selon les besoins de chacun peut contribuer à freiner la progression du virus au sein de la communauté gay.

UN DÉPISTAGE PAR AN N’EST PAS SUFFISANT
Les derniers chiffres de l’Institut de veille sanitaire (InVS) montrent que l’arrivée du dépistage rapide du VIH permet d’atteindre plus facilement des groupes particulièrement exposés au VIH et des personnes qui ne s’étaient jamais testées auparavant. Le Trod permet de découvrir plus de deux fois plus de cas de séropositivité que les dépistages classiques, même si des progrès restent à réaliser, en particulier chez les plus jeunes d’entre-nous. Le résultat quasi-immédiat permet également d’orienter rapidement les personnes diagnostiquées vers le soin et donc vers des traitements aujourd’hui extrêmement efficaces. La science nous indique qu’une personne dont la charge virale est indétectable depuis au moins six mois, qui est observante et sans IST n’a quasiment aucun risque de transmettre le virus à son/sa partenaire. Mais pour autant, l’épidémie (7 000 à 8 000 nouvelles contaminations en 2013 d’après l’InVs) reste active chez les homosexuels masculins. Pour la troisième année consécutive, les gays représentent la majorité des nouveaux cas de séropositivité en France. Un dépistage par an n’est pas suffisant, c’est le nombre de partenaires et les pratiques qui comptent.

La PrEP, traitement préventif de l’infection au VIH par Truvada, a maintenant démontré son efficacité, à plusieurs reprises et dans différents contextes, contre les contaminations des gays (mais pas uniquement) qui ont des rapports non-protégés par un préservatif. Dès lors, peut-on rester sur une posture de jugement ou de suspicion envers des personnes qui partagent nos vies sexuelles, amicales et affectives ? Peut-on se résoudre à cantonner la question du sida à la sphère privée alors qu’il reste tant à faire en matière de dicibilité de la séropositivité et du vécu de nos sexualités ? Peut-on montrer du doigt ceux qui, en demandant la PrEP, montrent à quel point leur santé et celle de leurs partenaires leur tiennent à cœur ?

LE VIH RESTE UNE MENACE
Ne fermons pas les yeux, le VIH reste une menace pour chacun d’entre nous. Ces tergiversations, ces polémiques ressassées à l’infini, parfois nées de l’Histoire même de la lutte contre le sida, nous font bel et bien passer à côté de l’essentiel : nous nous privons d’outils de prévention indispensables à certains, utiles pour nous tous ! Cela nous empêche de lutter efficacement contre les nouvelles contaminations. Cela nous détourne de nos propres intérêts, ceux d’une communauté qui refuse d’envisager le VIH comme une fatalité. Quelle est la solidarité entre nous ?

Les Etats-Unis autorisent le Truvada en prise préventive depuis 2012. L’organisation mondiale de la santé (OMS) recommande depuis 2013 l’accès au traitement préventif du VIH pour les gays. Nous ne pouvons accepter que la France reste en marge de cette révolution préventive majeure. L’enjeu est là : nous permettre, tous ensemble, de faire baisser la «charge virale communautaire», cette quantité de virus en circulation chez les gays. Un bénéfice individuel, pour soi et ses partenaires, et collectif, pour les partenaires de ses partenaires.

Gay, Bi, Trans, séropositif ou non, avons tout à gagner à nous unir autour de notre droit à la santé et pour promouvoir les nouvelles stratégies de réduction des risques de la transmission, toutes, y compris celles qui intègrent nos consommations de drogues ! C’est la bonne méthode, la seule, pour donner les moyens à chacun de trouver la prévention qui lui est le mieux adaptée, celle qui sera la plus efficace.

Face à une homophobie décomplexée, à la précarité et la xénophobie, ne regardons pas nos frères tomber sous nos regards indifférents. Ne retournons pas cette violence contre nous-mêmes, mais transformons la en fierté pour plus de solidarité, en colère pour être mieux entendus. A l’occasion du 1er décembre, n’ayons pas peur d’être une communauté unie, afin de peser plus lourd pour faire avancer nos droits, à la sexualité et à la santé.

* Dit TasP, fondé sur le rapport Hirshel : médecin suisse ayant coordonné un rapport sur la prévention qui a mis avant les études réalisées sur les couples séro-différents ayant démontré le risque extrêmement faible d’une contamination entre deux partenaires séro-différents quand la personne séropositive est indétectable depuis six mois au moins et sans Infection sexuellement transmissible.

Les intertitres sont de la rédaction.

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