Mon engagement dans la lutte contre le sida est avant tout lié à mon histoire : je suis personnellement concernée par le VIH depuis 24 ans, et je mets aujourd’hui mes connaissances et mes compétences au service de la prévention et du soutien aux personnes trans touchées par le VIH, au travers de l’association Acceptess-T, dont j’ai participé à la fondation, en 2010.

LE PREMIER DÉCEMBRE RENVOIE À LA MÉMOIRE
Le premier décembre est quelque chose qui renvoie bien sûr à l’histoire de l’épidémie, mais aussi à la mémoire, et, dans mon cas, à la découverte de ma séropositivité. Cela renvoie ainsi à des souffrances individuelles (on pense aux moments qu’on aurait voulu ne pas vivre) et plus globalement à l’impact du sida dans les communautés trans. Mais c’est aussi un moment qui permet de penser, à partir des expériences passées, à ce qui doit être réajusté pour demain.
Nous venons de célébrer le Trans Day of Remembrance (TDoR), le 20 novembre, qui est le jour de commémoration des victimes de la transphobie. Entre ces deux jours, le 20 novembre et le 1er décembre, il y a beaucoup de points communs: la mort sociale, tout ce qui renvoie dans la précarité, les discriminations, les violences.

En France aujourd’hui, les difficultés rencontrées par les trans sont liées aux situations sociales, aux situations de classe. À chaque fois que des lois qui fragilisent nos communautés sont votées, il y a un impact sur la question du VIH.

Les personnes que notre association accueille sont plutôt bien suivies médicalement, bien accompagnées. Mais on a de quoi s’inquiéter : ce sont ces mêmes personnes qui peuvent délaisser les questions de santé si elles ne se sentent plus faire partie d’un pays, si leur existence est niée. Les personnes qui sont aujourd’hui en situation de prostitution sont victimes de la répression du travail du sexe. Celles qui doivent quitter Paris après y avoir vécu dix ans ou plus vivent des situations de rupture de soins. Le dispositif de droit commun est rassurant, d’autant plus quand il est couplé avec le réseau associatif de soutien. Mais le problème vient des lois répressives dont les conséquences néfastes sur la santé sont très mal prises en compte. Ce qu’il faut développer, c’est une approche globale des questions trans, qui ne se réduise pas à la question du changement de sexe, mais qui prenne en compte les questions de santé, de conditions de vie, de migration, du travail du sexe, etc. Ces questions, parmi d’autres, forment un ensemble qu’il faudrait pouvoir aborder de manière cohérente.

RECONNUES DANS LE MILIEU SOCIO-MÉDICAL
La plupart des personnes qui constituent ou qui font appel à notre association sont concernées par le VIH, le travail du sexe, la migration. On a su mettre en valeur ces questions et les compétences qu’elles ont générées pour professionnaliser les acquis de ces personnes. Avec cette approche, nous avons pu être reconnues dans le milieu médicosocial et notre parole a pu être entendue. C’est le cas par exemple par la signature d’une convention avec l’hôpital Bichat, qui est une avancée importante pour une population longtemps restée invisible et qui permet d’améliorer les conditions de prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Avec ce même hôpital, nous sommes associées au travail d’un jeune médecin : une étude cas-témoin originale, intitulée MATHIS, qui s’intéresse à l’état de santé des personnes trans infectées par le VIH. Notre expertise a aussi été reconnue par le Conseil régional d’Ile-de-France, dans le cadre d’un travail sur les discriminations qui a permis d’établir des indicateurs relatifs aux mécanismes qui mettent les trans en situation de fragilité sociale. Ce travail sera suivi du développement d’outils spécifiques de lutte contre les discriminations qui touchent nos communautés.

Nous restons cependant la population la moins soutenue dans la lutte contre le sida. Les institutions internationales doivent supporter des approches comme la nôtre, des approches communautaires et par les pairs, comme le font déjà Solidarité sida et Sidaction. Enfin, nous devons être reconnues dans la société et toutes les expressions du genre doivent être normalisées. Les personnes qui souhaitent changer d’état civil – toutes les personnes trans ne le souhaitent pas – doivent pouvoir le faire sans conditions d’ordre psychiatrique ou médico-chirurgical.

Cette année, c’est le moment d’affirmer : Trans, des droits = Zéro sida. La clef de tout cela, c’est le soutien à apporter à nos associations, à nos démarches de médiation, de soutien par les pairs, d’éducation à la santé et notamment à la santé sexuelle. C’est le soutien à apporter à celles, parmi nous, qui sont déjà patients-experts pour qu’elles puissent porter haut et fort notre parole.

Ce texte est publié en anglais sur le site de Human Rights Campaign.

Les intertitres sont de la rédaction.

Photo Cortège d’Acceptess-T à la marche Existrans 2014 (Xavier Héraud)