Pas de site Internet, pas de numéro de téléphone, pas de page Facebook, mais une déclaration de création à la préfecture avec une adresse postale: il existe peu de traces de l’existence de l’association Ahluna, officiellement créée en juin 2014. Son objet: «la défense morale, culturelle, sociale ou économique de la famille traditionnelle, cellule de base fondamentale de la société maghrébine». Un mois après la déclaration en préfecture, avec l’aide de son avocate, maître Pauline Rémy-Corlay, l’association a déposé auprès de la Cour de cassation un mémoire contre le mariage de Mohammed et Dominique, un couple franco-marocain qui s’est marié en novembre 2013 à Chambéry mais dont l’union a été contestée par le procureur général.

«ALIBI»
Le magistrat souhaite que la juridiction suprême se prononce sur cette affaire des conventions bilatérales liant la France à 11 autres pays –  la Pologne, le Maroc, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo, la Slovénie, le Cambodge, le Laos, la Tunisie et l’Algérie –, n’autorisent pas les couples de même sexe comprenant un.e citoyen.ne d’un de ces pays de se marier. Deux juridictions ont successivement écarté le traité entre la France et le Maroc pour permettre aux deux hommes de se marier, mais le dernier mot reviendra à la Cour de cassation dans quelques semaines.

Plusieurs associations, dont l’Association d’aide, de défense homosexuelle, pour l’égalité des orientations sexuelles (Adheos), ont transmis des observations à la Cour. Mais pour Adheos, il est très étonnant qu’une association comme Alhuna, âgée de quelques semaines à peine, manifeste en un bref laps de temps un intérêt pour cette affaire. «La question d’Ahluna comme association “alibi” de la “Manif pour tous” devant la Cour de cassation se pose légitimement», écrit l’association dans un communiqué.

«ILS SONT CONVAINCUS PAR LES MÊMES IDÉES»
Pour établir ce lien entre les deux organisations, elle relève notamment que l’avocate d’Ahluna est aussi une des avocat.e.s de la «Manif pour tous». «C’est la seule association française à avoir déposé un mémoire contre ce mariage, souligne Frédéric Hay, le président et fondateur d’Adheos. Et comme par hasard, elle est implantée à Bordeaux, la seule ville de France qui a eu sa propre “Manif pour tous” en plus de celle de Paris le 5 octobre. Ahluna est peut-être un paravent qui permet à la “Manif pour tous” de ne pas être en première ligne. Au début de leur mouvement, plusieurs pseudo-associations qui ne représentent qu’elles-mêmes ont été créées. C’est la même stratégie.»

Contactée par Yagg, l’avocate Pauline Rémy-Corlay dément tout lien entre les deux associations, mais pense que «certains des membres d’Ahluna ont certainement dû manifester». «Ils sont convaincus par les mêmes idées», a-t-elle ajouté. Pas d’accointance officielle donc, mais des valeurs partagées. Au Maroc, dont Ahluna défend le modèle, l’homosexualité est passible de trois ans d’emprisonnement.

Photo cbecker-tours