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Ces derniers mois, des attaques sans précédent sur les acquis gagnés par les luttes féministes ont retenti dans nos rues. En s’opposant à toute évolution sociétale et en prônant le retour à un système traditionnel patriarcal, un lobby réactionnaire minoritaire veut imposer sa vision rétrograde sur la société toute entière. Une société où la place des femmes est à la maison et où leur rôle est d’être au service des hommes. Une société où il est interdit d’étudier les mécanismes qui façonnent le masculin et le féminin pour démontrer que la domination masculine n’est qu’une construction sociale et non pas une donnée biologique. Une société qui légitime les violences des hommes sur les femmes en culpabilisant les femmes victimes d’agressions.

Longues seraient encore ces illustrations, mais toutes convergent vers la même idéologie fanatique: la société des inégalités. Celle qui hiérarchise les sexes, les genres et les orientations sexuelles.

C’est la société des violences à l’encontre de toutes celles et de tous ceux jugé.e.s inférieur.e.s au prétexte de leur sexe, de leur genre, de leur orientation sexuelle : tou.te.s celles et ceux qui ne sont pas des hommes cisgenres (1) hétérosexuels. À ce titre, les femmes lesbiennes, bisexuelles, trans’ ainsi que les hommes trans’ sont doublement, voire triplement discriminé.e.s et sujet.te.s aux violences patriarcales. Les violences rencontrées sont trop souvent niées, oubliées et invisibilisées. Ainsi, la lesbophobie, dont les témoignages ont augmenté de 138% (2) entre 2009 et 2013, conjugue sexisme et homophobie en direction des femmes dont l’homosexualité est réelle ou supposée (femmes ne correspondant pas aux stéréotypes de genre imposés par les normes de féminité). Les personnes trans’, bien qu’elles soient parmi les populations les plus violentées, ne sont que 4% à dénoncer les agressions et 96% (3) ne portent pas plainte car l’absence d’un état civil conforme au genre déclaré est un frein au plein exercice de leurs droits. Les hommes trans’, comme toutes personnes dont le genre féminin a été assigné à la naissance, sont sociabilisés en tant que femmes dans notre société patriarcale. Ainsi, ils ont rencontré les mêmes violences sexistes que celles faites aux femmes trans’ ou cisgenres. Ils continueront aussi à subir les violences faites aux femmes lorsqu’ils sont perçus comme telles. Au même sexisme, s’additionnent la biphobie envers les bisexuelles et la transphobie, envers les personnes trans’. Ces violences qui ont lieu dans tous les territoires et dans tous les pays ne sont pas tolérables.

Ainsi, les pouvoirs publics et l’ensemble de la société civile doivent se saisir de ce phénomène de violence envers les femmes lesbiennes, bisexuelles et les personnes trans’. Nous demandons que l’État se donne les moyens, à travers une enquête nationale de connaitre, de mesurer et ainsi rendre visibles la lesbophobie, la biphobie et la transphobie.

Parce que c’est dès le plus jeune âge que les inégalités se construisent et alimentent le terreau de la violence à l’encontre des femmes lesbiennes, bisexuelles et des personnes trans’, nous demandons la mise en œuvre concrète et rapide d’une éducation à l’égalité des sexes et à l’égalité des orientations sexuelles dès la maternelle ainsi que la formation des professionnel.le.s de l’éducation à ces questions.

Enfin, parce que la violence est aussi institutionnelle, nous demandons l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour toutes les femmes afin que cesse la discrimination à l’égard des couples lesbiens et des femmes célibataires. Le gouvernement doit également honorer ses promesses en faisant accéder les personnes trans’ aux mêmes droits que tou.te.s les citoyen.ne.s en s’engageant dans une vraie lutte contre la transphobie. La situation des personnes trans’ est en effet extrêmement précaire car elles sont nombreuses à ne pas pouvoir obtenir des papiers conformes à leur genre en raison de procédures de changement d’état civil longues et barbares. Nous rappelons la nécessité et l’urgence d’une loi instaurant un changement d’état civil simplifié, avec une procédure démédicalisée et déjudiciarisée.

L’Inter-LGBT appelle à rejoindre les événements ayant lieu partout en France à l’occasion de cette journée.

Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT chargée de la Visibilité Lesbienne

1. Personne dont le genre correspond au sexe qui lui a été attribué à la naissance.
2. Chiffres SOS homophobie.
3. Enquête sur la transphobie menée par Karine Espineira et Arnaud Alessandrin pour le Comité Idaho France et le think tank République et Diversité (2014).

Photo Aylau Tik / Inter-LGBT