L’enquête presse gay et lesbienne de l’Institut de veille sanitaire de 2011 n’en finit pas de livrer de nouvelles informations sur la prévention chez les gays et chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH).

Dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 25 novembre, Annie Velter, coordinatrice de l’enquête, analyse les pratiques de dépistage du VIH chez les HSH, du moins chez ceux qui ont répondu au questionnaire diffusé sur Internet et dans la presse gay. Depuis 2010, des recommandations en matière de dépistage préconisent la réalisation d’au moins un test par an pour les HSH sexuellement actifs.

52% ONT RÉALISÉ UN TEST DANS L’ANNÉE
Mais qu’en est-il exactement dans la «vraie vie»? Annie Velter appuie son article sur les réponses de 7521 répondants non séropositifs et sexuellement actifs au cours des 12 derniers mois. Les résultats de cette analyse sont plutôt inquiétants. Parmi les répondants, seule une courte majorité (52%) a réalisé un test de dépistage dans l’année, comme cela est recommandé. Mais 34% ont eu recours au test depuis plus de 12 mois et 14% n’ont jamais réalisé de tests au cours de leur vie.

LES GAYS QUI NE SONT PAS TESTÉS, QUI SONT-ILS?
Ils sont tout d’abord plus jeunes avec un âge médian de 26 ans contre 34 ans pour ceux ayant réalisé un test dans les 12 derniers mois et 37 ans pour ceux dont le test était plus ancien. L’article relève également des différences importantes entre les répondants non testés et ceux ayant réalisé au moins un test dans leur vie: les non testés avaient un niveau d’études moindre, des revenus plus faibles et ils résidaient dans des agglomérations de plus petite taille. Par ailleurs, les non testés étaient plus distants des modes de vie communautaires gays: ils s’auto-définissaient moins souvent comme homosexuels, leur orientation sexuelle était moins souvent connue de leur entourage familial, ils étaient plus nombreux à ne jamais fréquenter de lieu gay.

«DISTANCE AVEC LES MODES DE VIE SEXUELLE GAY»
Annie Velter a ensuite procédé à une analyse des facteurs qui expliquent ce moindre recours au dépistage. «Par rapport aux HSH qui ont recours au test de dépistage annuellement, écrit-elle, les HSH non testés ou testés antérieurement à un an se caractérisent, de manière similaire, par une certaine distance avec les modes de vie sexuelle gay: ils fréquentent moins la scène gay, ont peu de partenaires sexuels masculins et ont moins de rapports anaux non protégés par le préservatif avec des partenaires occasionnels.»

LES AUTOTESTS POUR AUGMENTER LES DÉPISTAGES?
Que faire pour inciter les gays éloignés du dépistage? Dans son analyse, Annie Velter explique que le dépistage rapide (Trod) n’est pas adapté à cette population qui fréquente peu les lieux gays. En revanche, la mise à disposition d’autotests pourrait répondre à leurs attentes et à leurs besoins de discrétion du fait de l’aspect pratique, rapide et anonyme de cet outil. Mais à ce jour, les autotests ne sont pas autorisés en France. Il convient aussi de communiquer plus fortement auprès des gays et des HSH sur l’intérêt du dépistage au moins annuel.

En 2012, derniers chiffres connus, chez les gays, le nombre de découvertes de séropositivité VIH avait augmenté de 14% par rapport à l’année précédente. En 2012, 2648 HSH ont découvert leur séropositivité. Cela représente 43% du nombre total de découvertes de séropositivité en France.