Jeunes exclu.e.s du jour au lendemain, nourriture périmée, un bénévole accusé de pédophilie, des méthodes d’intimidation: la liste des griefs à l’encontre du Refuge est longue dans l’article publié par Rue89 jeudi 20 novembre. Plusieurs de ces informations avaient déjà été publiées dans l’enquête de Yagg, en avril 2014, quelques semaines après l’émergence d’un conflit entre l’association et Luc Sol, un jeune hébergé à Toulouse puis exclu.

«BIZARRE»
Ce dernier a de nouveau témoigné auprès de Rue89 tout comme Jérémy Pfeiffer, hébergé à Lille d’avril 2013 à février 2014, qui se plaint de la livraison de denrées périmées aux jeunes aidé.e.s par l’association. Contacté ce matin par Yagg, il précise: «J’ai d’abord été accueilli en hôtel où on ne nous donnait que le petit-déjeuner. “Ça devrait vous suffire pour la journée, vous n’avez qu’à prendre un gros petit-déjeuner”, nous disait-on. Puis on est partis en Appart’City avant d’emménager dans des appartements. Dans le mien, on était trois: deux dans un lit et un autre dans le salon. Mais on ne nous apportait plus rien à manger. Quand on l’a signalé, on nous a donné des denrées périmées. On s’en est sortis avec l’aide de la Mission locale.»

Si le Refuge a noué des partenariats locaux avec les Restos du Cœur ou des Banques alimentaires, l’association n’a pas «d’obligation alimentaire» à l’égard des jeunes hébergé.e.s. C’est en tout cas ce qu’affirme à Yagg Nicolas Noguier, président du Refuge. «Notre convention avec l’État porte sur le logement temporaire. C’est le même fonctionnement que pour les foyers de jeunes travailleurs. Nous n’avons pas l’obligation de fournir de la nourriture, ni une aide médicale, ni une aide juridique. Tout ça, ce sont des services en plus parce qu’on a conscience que c’est difficile pour eux.» Quant à la présence de deux jeunes dans un même lit, il trouve la situation «bizarre».

«QUELQUE CHOSE QUI NE VA PAS»
Arnaud (son prénom a été modifié) a quant à lui préféré quitter le Refuge au bout de quelques jours. Volontaire en service civique au sein de la délégation parisienne il y a quelques années, il indique avoir vu des jeunes faire la vaisselle pour des plats consommés par des bénévoles. «Une jeune a subi des remarques sur son poids devant moi, affirme-t-il. Et quand on parle d’un garçon trans’ comme s’il s’agissait d’une fille, il y a quelque chose qui ne va pas.» Ses missions n’ont jamais été définies et il n’a jamais été formé alors qu’il devait aider les jeunes au quotidien dans leurs démarches. Il a également constaté que les tickets pour utiliser les transports étaient distribués «au compte-gouttes».

Y aurait-il un problème d’encadrement des bénévoles du Refuge comme cela a été souligné par plusieurs expert.e.s? Nicolas Noguier assure que l’association prend à cœur de former ses bénévoles. «Une formation à l’écoute est dispensée par un prestataire externe que l’on paie avec des crédits du ministère de la Jeunesse, précise-t-il. Il faut au moins trois mois d’ancienneté au sein de l’association avant de pouvoir être un bénévole au contact des jeunes. Depuis juillet, on demande un extrait du casier judiciaire et on les sensibilise aux questions liées à la toxicomanie, à l’alcoolisme et à la prise de risques.»

À raison d’une session de deux jours par an et par délégation régionale, le formateur Pascal Creusot s’engage à fournir aux bénévoles des outils pour mieux appréhender l’homophobie intériorisée des jeunes et pour les accompagner «dans une relation juste, avec la bonne distance». D’après Nicolas Noguier, le Refuge dépense environ 10000 euros par an au titre de la formation.

«UN BUDGET DE 850000 EUROS»
Une somme à mettre au regard des quelque 850000 euros de budget annuel de l’association (les comptes annuels sont disponibles en ligne). «Environ 750000 euros sont liés à nos missions premières, insiste le président du Refuge. Mais dans les autres structures d’hébergement temporaire, on tourne avec un budget moyen de 1,4 million d’euros. En France, en termes d’hébergement social, on estime que le coût moyen d’une place est de 15000 euros par an.» Au Refuge, ce coût tombe à 10700 euros environ, ce qui explique peut-être les conditions d’hébergement jugées parfois sommaires. Outre la formation, les dépenses de l’association servent notamment à payer les salaires de sept travailleurs/ses sociaux/les et de quatre psychologues.

JUSTICE
Dans son article, Rue89 publie un «extrait du jugement du tribunal de grande instance de Metz» établissant qu’un bénévole du Refuge a par le passé commis des attouchements sur des mineurs. L’association assure que l’individu n’a jamais été bénévole en son sein et que le document mis en ligne n’est pas fiable. Sur Twitter, le Refuge a directement interpellé l’auteur de l’article, David Perrotin, sur ce point. Or, dans ce même article, le journaliste avait pointé du doigt que l’association pouvait «harceler les médias pour les faire taire».

Dans un communiqué publié jeudi soir  sur Facebook, Nicolas Noguier indique qu’il compte porter plainte «contre le blog en question», en parlant de Rue89 qui est un site d’information. Si l’association n’a été la cible «d’aucune action en justice en 12 ans», ce n’est pas la première fois qu’elle fait appel à la justice pour se défendre. En avril dernier, Frédéric Gal, délégué général du Refuge, annonçait que des plaintes avaient été déposées contre Luc Sol et l’ancien bénévole Christophe Loustau, un proche de Jérémy Pfeiffer, anciennement hébergé à Lille. Aujourd’hui, Nicolas Noguier a confié à Yagg que cette procédure est toujours en cours.

Photo Reportage sur Le Refuge dans l’émission In Vivo (France 5)